Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Santé

L’analyse sociologique des problèmes de santé publique s’est développée au CSO au cours de la seconde moitié des années 80, sous l’impulsion de Michel Crozier.

D’abord centrées sur une approche organisationnelle des hôpitaux, les recherches sur la santé se sont diversifiées à partir des années 90, s’ouvrant sur les politiques publiques, l’organisation des soins en milieu extra-hospitalier, la recherche clinique et pharmaceutique, la prévention (cancer et sida) et les médicaments. Un véritable pôle santé s’est ainsi constitué.
Ces chercheurs collaborent tous régulièrement avec des institutions majeures du secteur de la santé comme l’IRESP, la CNAMTS, l’HAS, et l’EHESP pour des missions d’études, de conseil et d’enseignement.

S’inscrivant dans la poursuite des travaux antérieurs sur les questions de rationalisation des systèmes de santé et les dynamiques politiques de sanitarisation des problèmes sociaux, le programme de recherche "Santé" du CSO entend prolonger et étendre les recherches aux relations entre acteurs publics et privés dans la (re)configuration de l’espace sanitaire.
Deux pôles de recherche sont identifiés :

Savoirs, instruments et pratiques : Les dynamiques de rationalisation et de normalisation des pratiques sanitaires

Les recherches menées au sein de ce programme ont mis en lumière l’importance des savoirs et des normes dans l’élaboration des politiques de santé et la régulation des systèmes de soins. À différentes échelles du système de santé, les informations et les savoirs sont impliqués dans des procédures d’évaluation.
Ils renvoient :
- à des modes de formalisation des données eux-mêmes adossés à des communautés d’experts (biologistes, pharmacologistes, toxicologues, médecins issus de différentes spécialités, épidémiologistes, qualiticiens, économistes de la santé, etc.) ;
- à des méthodes ou à des référentiels de jugement (rapport bénéfice/risque ou coût/efficacité, approche « risque contre risque », etc.) ;
- à des normes ou à des principes d’action (principe de précaution, principe de proximité, principes d’équité, principe d’autonomie et de dignité des personnes etc.) ;
- à des dispositifs cognitifs (guides de bonnes pratiques, recommandations médicales et sanitaires, indicateurs, classements, etc.).
Ainsi, les réformes engagées dans le secteur de la santé depuis les années 1980 traduisent un souci de rationalisation et s’accompagnent d’une progression des dispositifs et des raisonnements économiques ou gestionnaires.
Plusieurs recherches poursuivront ces réflexions dans les années à venir, en s’intéressant à la production de ces savoirs dans la recherche bio-clinique et économique, mais aussi de leurs usages dans la réglementation et la régulation des marchés.

La Santé, l’État et le Marché : les nouvelles formes de partenariat public-privé

L’action publique dans le domaine de la santé constitue un objet d’étude privilégié en raison de la multiplicité des acteurs concernés et des conflits d’intérêts, de connaissances ou de valeurs qu’elle contribue à révéler. Les dernières décennies se caractérisent par une diversification des acteurs impliqués dans la régulation des activités sanitaires. Aux acteurs traditionnels, qu’ils soient professionnels, institutionnels ou industriels, se sont ajoutées les préoccupations de nouveaux acteurs impliqués dans la définition des problèmes publics et la définition du bien commun : associations, experts, agences, hautes autorités, observatoires, organisations internationales. Éminemment politiques, les questions de santé mettent à l’épreuve la légitimité et l’identité des groupes qui se mobilisent dans leur cadre : elles consacrent autant qu’elles révèlent des situations d’interdépendance entre différents mondes, qui doivent parvenir à des accords et redéfinir leurs positions respectives.
Les recherches sur la naissance et l’organisation des agences sanitaires françaises et européennes (médicaments, aliments, drogue et toxicomanie) visent ainsi à mettre en lumière les logiques guidant l’apparition d’un tiers acteur entre les États et les acteurs privés (professionnels, industriels). Entre dénonciation des conflits d’intérêt et mise en avant des vertus du Partenariat Public-Privé, les orientations prises par les politiques de santé sont ainsi au cœur de luttes âpres entre ces différents acteurs. Ainsi, à travers l’étude de la régulation du marché européen des alicaments, les chercheurs du CSO entendent retracer les liens entre la Commission Européenne, l’Agence Européenne des Aliments, les industriels, les différents gouvernements nationaux et les professionnels de santé autour de la reconnaissance des allégations-santé concernant les alicaments et l’organisation du marché de ces produits.


Recherches