Sciences Po CSO/CNRS CNRS
Les petits déjeuners / CSO Breakfast Series
Le modèle économique français en question - Atonie, déclin ou nouveaux horizons ?
27 Avril 2006

Débat organisé avec l'OFCE. Avec Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE et Michael Storper, chercheur au CSO. Animé par Françoise Crouïgneau, Les Échos.


COMPTE RENDU DU PETIT DÉJEUNER

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Ce Petit déjeuner, qui porte sur un thème assez inédit puisqu’il concerne l’économie et la sociologie économique, domaine au croisement de deux disciplines - la sociologie et l’économie -, auquel le CSO s’intéresse particulièrement, était organisé conjointement par le CSO et l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

Il réunissait trois intervenants : Jean-Paul Fitoussi, professeur des universités à Sciences Po (économie), président de l’OFCE ; Michael Storper, professeur des universités à Sciences Po (sociologie économique), chercheur au CSO ; Françoise Crouïgneau, rédactrice en chef « International » aux Échos, modératrice.

Plus d’une centaine de personnes (universitaires, chercheurs en sociologie et en économie, cadres d’entreprises ou de grandes banques, consultants) étaient présentes à ce Petit déjeuner, qui se tenait dans un lieu également inhabituel, en raison de l’affluence du public (les anciens locaux de l’ENA, récemment acquis par Sciences Po).

Françoise Crouïgneau ouvre la séance (qui porte à la fois sur la France et l’international), en présentant les intervenants et en rappelant que le thème du modèle économique français sous-tend tous les débats dans l’Hexagone et alimente les polémiques (référendum sur la Constitution européenne en 2005, mondialisation, CPE…). Elle-même se méfie des modèles (flexibilité du modèle de sécurité danois, fausse image du modèle américain, qu’on disait en déclin et qui est actuellement en expansion).


Intervention de Jean-Paul Fitoussi

La propension à l’abstraction qui caractérise les débats de politique économique et de société dans les pays européens a conduit à un usage immodéré de la notion de modèle. Le terme lui-même est ambigu en ce qu’il recouvre au moins deux acceptions, l’une normative – ce qu’il convient d’imiter – l’autre positive, la représentation simplifiée d’un système. Si comme on l’entend fréquemment dans les discours, le modèle français fabrique du chômage, il ne constitue pas un modèle au sens premier du terme. C’est le modèle danois qui est objet d’admiration et le système français qui est contesté. Cette distinction, pour utile qu’elle soit, ne permet cependant pas de lever toutes les ambiguïtés. Quelle qu’en soit l’acception, un modèle, en effet, n’est pas un objet statique, mais une construction en permanente évolution, ce qui explique l’inconstance de l’opinion : hier admirés, les modèles français, allemand, japonais sont aujourd’hui décriés, alors que l’opinion fait les yeux de Chimène aux modèles danois, hollandais ou canadien. Il convient donc de surmonter le dépit amoureux si l’on veut comprendre les raisons pour lesquelles le système français est aujourd’hui en débat.

Un modèle, au sens positif du terme, peut être caractérisé par au moins cinq éléments :

- le nombre et la qualité des services publics ;
- le système d’assurance et de protection sociale ;
- le système de relations industrielles (de négociations sociales) ;
- le système de régulation des marchés (et donc de gouvernance d’entreprise via la régulation des marchés financiers) ;
- le mode de gouvernement de l’activité (la détermination du policy mix).
- L’ensemble de ces éléments fait système en raison de leur interdépendance.

Un niveau d’activité élevé facilite le financement des biens et services publics en même temps que celui de la protection sociale. L’ensemble de ces éléments a considérablement évolué dans les trente dernières années au point que la stabilité supposée du modèle français relève davantage de la nostalgie que de l’observation. Pourtant s’il n’est plus tout à fait le même, il n’est pas non plus tout à fait un autre. Ses éléments sont classés ici par ordre croissant d’évolution.

Les Français sont particulièrement attachés à leurs services publics supposés être le lieu privilégié de leur cohésion. Il est vrai que ces services jouissent à l’étranger d’une excellente réputation (transports, énergie, santé) – qu’ils continuent à faire modèle au premier sens du terme même si certains d’entre eux ont connu des changements profonds de leur environnement, sous l’effet des nouvelles technologies et de leur ouverture à la concurrence (PTT, P et T, La Poste et France Telecom, par exemple) et d’autres, une lente dégradation de leur qualité (éducation, enseignement supérieur et recherche, notamment). La notion de service public reste entachée d’une ambiguïté qui nourrit de grandes envolées lyriques. Ce qui importe est le service rendu au public, son prix qui doit être le plus modéré possible pour n’exclure aucune catégorie de la population, et sa qualité qui doit être la meilleure compte tenu de l’ampleur des subventions. C’est le cahier des charges, défini par la puissance publique, qui détermine l’ensemble de ces éléments, et non la nature privée ou publique des entreprises qui en ont la charge. Ainsi, pour l’essentiel et par tradition, les services publics locaux sont en France assurés par des opérateurs privés.

Le système de protection sociale a connu une évolution plus marquée. Conçu à l’origine comme un système plutôt assurantiel, dessiné pour le salarié moyen, sa composante de solidarité n’a cessé de croître sous l’effet du chômage de masse : déplafonnement des cotisations sociales au début des années quatre-vingt, création du RMI, de la CSG et de la CMU, baisse des cotisations sur les bas salaires, création et montée en puissance de la prime pour l’emploi. En bref, de régressif au début des années quatre-vingt, le système est devenu progressif. La protection (et le droit du travail) ont connu des changements significatifs – suppression de l’autorisation administrative de licenciement, généralisation des CDD et de l’intérim, réduction-annualisation de la durée du travail – et d’autres moins formels qui tiennent à l’effet du chômage sur le comportement des acteurs, comme par exemple, la multiplication des stages et des contrats à temps partiel. Les mesures en cours (CNE, CPE) pourraient, à certaines conditions, réduire la précarité qui s’ensuivait.

Que dire du système de négociation sociale ? Il n’est pas dans la tradition française que l’État s’en désintéresse et l’affaiblissement des syndicats sous l’effet du chômage, de la précarisation du travail et de la montée en puissance du secteur privé rend son intervention encore plus nécessaire. La démocratie sociale serait un vain mot si les pouvoirs publics laissaient en face à face des acteurs sociaux au pouvoir de négociation si déséquilibré.

Le système de régulation des marchés et de gouvernance d’entreprise a connu une mutation radicale, le premier sous l’œil vigilant de la Commission européenne, le second sous la tutelle exigeante des marchés financiers. Près de 30% du capital des entreprises françaises est détenu par des non-résidents et plus de 40% pour les entreprises du CAC40. La gouvernance des entreprises françaises ne pouvait que s’adapter à cette évolution et tendre, comme partout ailleurs, à privilégier l’une des parties prenantes à l’activité d’entreprise, les actionnaires. Le système anglo-saxon a donc ici fait modèle, mais dans le cadre d’un marché financier européen beaucoup plus cloisonné. Quant à la diligence de la commission, elle rend des plus difficiles l’intervention de l’État dans le secteur des entreprises, pour discrète qu’elle soit. La politique industrielle ne fait pas bon ménage avec la politique de la concurrence, surtout lorsqu’elle lui est subordonnée.

Le mode de gouvernement de l’activité économique est de toutes les caractéristiques du modèle celle qui a connu la plus grande révolution. Comme il est normal dans tout processus d’unification, le vivre ensemble européen exige que chaque pays renonce à des éléments de souveraineté pour permettre un meilleur gouvernement de l’ensemble. La monnaie unique et le pacte de stabilité ne permettent plus vraiment que la détermination du policy mix (taux d’intérêt, taux de change, solde budgétaire) et donc, la gestion de l’activité économique s’effectuent à l’échelle des nations.

Le modèle français a donc fait le choix de la solidarité et affirmé ce choix au cours du temps, comme le montre l’évolution de ses deux premières caractéristiques (services publics et protection sociale). Mais le bouleversement des trois autres affaiblit sa cohérence, au point qu’il est légitime de se demander si ce choix peut continuer d’être assumé. Un niveau élevé et même croissant de solidarité n’est supportable en termes de prélèvements obligatoires que si le revenu par tête croît rapidement. Autrement, le coût de la solidarité s’élève en proportion des revenus, faisant la part belle aux pays qui s’accommodent d’un choix moins solidaire. Dans un contexte de mondialisation et de jeu non coopératif entre pays européens (concurrence fiscale et sociale), ce choix apparaît donc risqué. Il est deux façons, en effet, d’accroître la compétitivité d’un pays : l’élévation de la productivité ou l’abaissement des coûts salariaux et des prélèvements obligatoires. Seule, la première permet d’assurer la cohérence du modèle. Mais, elle exige une politique industrielle et de recherche et développement, en même temps qu’une gestion active du cycle pour assurer un haut niveau d’emploi (l’augmentation de la productivité du travail aux États-Unis depuis les années 90 s’est accompagnée d’une forte réduction du chômage) et réduire le risque inhérent à l’investissement, qui est le moyen privilégié de l’introduction des nouvelles technologies. Elle permet une sortie par le haut – l’augmentation de la productivité est le prélude à celle du niveau de vie – en facilitant le financement d’un niveau élevé de solidarité. Mais elle suppose la mobilisation d’instruments qui ne sont plus disponibles en raison de la mutation des deux dernières caractéristiques du modèle. La seconde est en partie illusoire – les salaires français ne seront jamais au niveau de ceux des pays émergents – et en partie transitoire : la concurrence fiscale et sociale entre pays développés ne faisant jamais de gagnants définitifs, du moins s’agissant de grands pays.

Les difficultés du modèle français et de celui de nombre d’autres pays européens tiennent ainsi à l’absence de cohérence dans la gestion de l’interdépendance entre les caractéristiques de leurs systèmes. Les politiques industrielles et de croissance sont d’autant plus nécessaires à l’échelle européenne, qu’elles deviennent difficiles à celle des nations. Sur ce point, le silence européen devient assourdissant.

Présentation par Jean-Paul Fitoussi


Intervention de Michael Storper

Michael Storper présente un tableau de l’économie française, qui traverse une période difficile (surtout en ce qui concerne la capacité de créer des richesses). Il évoque les traits essentiels :

- Les revenus et leur répartition : le PIB français par tête est de 76% par rapport à celui des USA, en parité de pouvoir d’achat (82% - correctif de l’OCDE – si on tient compte des effets de redistribution – par exemple, valeur de temps libre… revenu français par tête), ce qui signifie que, selon ces critères, « la France est dans la upper class de l’économie mondiale, mais pas dans la petite classe des pays les plus riches ». L’indice global des inégalités de revenus est plutôt stable en France (qui compte 65% de salaires moyens), alors que les inégalités se sont accrues considérablement aux États-Unis. D’autre part, elle a plus de biens publics, plus de temps de loisirs que les pays anglo-saxons ; par contre, l’indice de happiness subjectif (bien-être) des Français est légèrement inférieur à la moyenne européenne, et à celui des USA.

- Le niveau global et le taux horaire de productivité dans l’industrie sont très élevés en France (plus qu’aux USA).
-Une haute technologie, où le rôle de l’État est fort (industrie manufacturière, nucléaire, aviation), avec un créneau sur les produits de très bonne qualité ; mais il y a peu de nouveaux secteurs (biotechnologies, TIC, services aux entreprises), où la France soit à la frontière technologique mondiale.

- Une croissance économique globale satisfaisante (meilleure qu’en Allemagne, mais inférieure à celle des USA : l’écart par rapport à l’Amérique s’est creusé dans les années 90-95 et se creuse encore à nouveau actuellement).

- Le couple gouvernance/organisation des grandes entreprises, qui a été très libéralisé (entreprises multinationales, niveau d’OPA à l’étranger et investissements élevés, ajustement des portefeuilles à l’américaine, réorganisation des entreprises).

- Le marché du capital, qui a été très assoupli en France, mais moins qu’aux USA ; le rapport crédit privé/PIB est nettement inférieur à celui des USA, le niveau d’épargne assez élevé mais son utilisation plus "conservatrice" que dans les économies américaines (moins orientée vers la bourse et plus en instruments d’épargne bancaire, peu de fonds de pension).

- Le marché du travail et de l’emploi, qui reste problématique, le taux de chômage important (et plus particulièrement, chez les jeunes et les plus de 55 ans). L’évolution vers le bas est-elle conjoncturelle ou structurelle – engendrée par des interactions entre l’environnement et les choix des individus et des personnes ? Est-elle liée aux entreprises qui économisent les forces de travail sous l’effet de la concurrence ou (et) à un impact par rapport aux offres de travail ? S’agit-il d’une réduction subie ou de certains choix des salariés ?

- La structure de l’emploi par secteurs, qui est différente par rapport à celle des USA, où le secteur des services est beaucoup plus important ; il offre de nombreux emplois dans le commerce de détail et dans les services aux consommateurs. D’autre part, le nombre d’emplois dans le secteur financier est assez élevé, mais moins qu’aux USA. En outre, il est plus important dans le secteur public (dont la santé) que dans les pays anglo-saxons.

- Le niveau de qualification et de formation dans le travail selon le secteur d’activité : la qualification dans le secteur secondaire est plutôt élevée en termes de comparaison internationale (taux de 65%) ; mais la part de la population ayant un diplôme tertiaire (22%) est bien inférieure à celle des USA (35%).

- Le coût du travail, qui est trop élevé en France (charges, réglementation…).

- La recherche et l’innovation. La France investit dans le secteur de la recherche, participe à la vie scientifique internationale (le nombre de citations d’articles scientifiques français ou européens est assez élevé), mais le niveau des brevets, l’innovation (R&D, recherche scientifique), l’impact scientifique international perdent du terrain par rapport aux pays anglo-saxons.

Michael Storper montre que l’Europe continentale est "derrière la frontière, mais pas à la frontière de la technologie" (pas de problèmes d’input mais d’output) ; l’économie française est une économie à deux vitesses, elle s’appauvrit en emplois, qui sont inégalement répartis entre les différents secteurs (problème de composition sectorielle du marché de l’emploi). Il s’interroge sur les raisons de ces carences : sont-elles liées au nombre d’acteurs ("capital humain", cf. Lucas), aux savoirs, à la technologie ou au manque d’externalité de ces savoirs, ou bien à des structures institutionnelles (cf. Schumpeter) ? Par rapport aux théories économiques classiques de la croissance, la France n’a pas de carences spécifiques concernant les facteurs de production (quantitatifs et qualitatifs), elle ne traverse pas de crise proprement dite et garde une croissance moyenne, mais il demeure une crise sociale et politique et le problème de la masse du travail. Il ne croit pas non plus que ces difficultés soient liées à une pénurie de savoirs ; la production française est excellente dans plusieurs branches, il n’y a pas de rareté des savoirs, mais la recherche doit pousser plus loin la frontière technologique. Il reste un problème institutionnel de l’application des savoirs : les secteurs et entreprises doivent s’adapter pour les transformer en outputs.

En outre, l’économie française est une économie du milieu, mal représentée d’une part dans les secteurs de pointe, où travaillent les personnels les plus qualifiés, et d’autre part, dans le secteur des services, qui pourrait offrir des emplois aux moins qualifiés, mais reste très freiné par le coût du travail (le taux d’emploi dans les points de vente américains est trois fois plus dense qu’en France ; les entreprises créées aux USA sont, au début, plus petites – il est plus facile de monter des entreprises aux USA qu’en Europe – et celles qui survivent sont génératrices de sept à huit fois plus d’emplois durables sur dix ans qu’en France). Institutionnellement, les marchés du travail en France sont rigides (charges – droit du travail). La culture reste hiérarchique, le fétichisme des diplômes perdure, les parcours des personnels hautement qualifiés sont trop étroits et les structures manquent de souplesse, d’agilité et d’aptabilité. Des réformes institutionnelles sont nécessaires en France (marché du travail, système d’innovation, marché du capital).


Débat entre Jean-Paul Fitoussi et Michael Storper

Pour Jean-Paul Fitoussi, le diagnostic de l’économie française fait par Michael Storper n’est pas spécifique à la France, mais plutôt universel. P. Aghion a été à la pointe dans ce diagnostic (c’est lui qui a inventé la notion de frontière technologique et de rattrapage). J.-P. Fitoussi s’est récemment intéressé au Japon pour tenter de comprendre les particularités communes au Japon et à l’Europe ; ils ont tous deux été devancés par les USA sauf dans un domaine où ils les précèdent, les télécommunications, seul secteur de leur économie qui a eu une croissance permanente de la demande. Mais, par ailleurs, dans les quinze dernières années, ils ont connu la même récession et le même taux de croissance par rapport au PIB par tête.

Le taux de change est, pour J.-P. Fitoussi, un élément majeur dans la politique industrielle. Entre 1991 et 1997, le taux de change du dollar était très bas ; c’est à ce moment que les nouvelles technologies ont explosé aux États-Unis car elles ont pu ainsi conquérir un marché mondial. En outre, l’aide au financement de certaines activités aux USA leur permet de devenir un leader mondial ; ainsi, tandis que l’Europe réagit face à la grippe aviaire en multipliant les réunions et les commissions, George Bush a demandé sept milliards de dollars afin de subventionner l’industrie pharmaceutique pour la production des vaccins, ce qui leur a permis de s’emparer du marché mondial. Pourtant, la France a certains atouts : depuis dix ans, son taux de croissance est supérieur en moyenne de 0,4% par an à celui de la zone euro. Elle est en seconde place pour son taux de fécondité (après l’Irlande), ce qui traduit malgré tout une certaine confiance des Français en l’avenir. Ce qui lui manque, c’est de se rapprocher de la frontière technologique ; elle est en bonne place dans certains secteurs (télécommunications, nucléaire, aviation), mais les industries de pointe n’ont pas été autant subventionnées en France qu’aux USA – pour les biotechnologies, par exemple ; or, c’est en France que la carte du génome a connu un développement décisif. Il lui manque une politique industrielle, une meilleure organisation financière et la transformation des essais en brevets.

Michael Storper rappelle que Jacques Chirac vient d’annoncer le 26 avril six grands projets pour la France. Le rôle de la politique industrielle dans chaque pays est une question de moyens, comme le souligne J.-P. Fitoussi. Si on considère la politique industrielle française depuis un quart de siècle, le bilan n’est pas très positif (par exemple, le plan informatique a été un échec retentissant et coûteux). Les technologies de pointe ne sont pas susceptibles d’un même soutien financier que sous de Gaulle. La frontière technologique est mouvante ; il est difficile de maîtriser la politique industrielle, mais les financements peuvent aider les entreprises à pousser la frontière (comme, le secteur de la recherche militaire, aux USA, sous Clinton, qui avait été réorganisé). Dans les années 80, aux Etats-Unis, sous Reagan, la monnaie était surévaluée, puis la politique monétaire a changé dans les années 90, mais la baisse du taux de change du dollar n’a pas bénéficié à l’industrie automobile américaine, dont les entreprises ont une mauvaise gestion (rapports entre management, management/syndicats et santé de l’entreprise) et n’ont pu améliorer la productivité par rapport aux prix. Le secteur des télécommunications est très fragmenté aux USA (manque de financement et de propositions de services qualité/prix). Le niveau opérationnel et les structures institutionnelles des entreprises ou des secteurs ont également un impact sur l’économie.


Débat avec la salle

Nous mentionnerons quelques points qui ont été soulignés :

- La crise sociale et politique de la France (avec une partie de la population inemployée de manière permanente), comme dans d’autres pays européens.
- La responsabilité de la Banque centrale européenne par rapport à la politique économique des pays européens.
- La part des salaires par rapport aux profits.
- La présence de la France dans le monde (la part des marchés français dans le monde a plutôt baissé, mais ce phénomène correspond également aux parts prises par d’autres pays européens, comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne qui a bénéficié d’une réduction du taux de change, suite à la réunification).
- La France a progressé plus rapidement que l’Allemagne ces dernières années (mais elle n’était pas confrontée au problème de l’intégration de l’ex-Allemagne de l’Est).
- La perte d’efficacité, de coordination, de cohérence de l’économie française (alors qu’avant, elle était assurée par les grands systèmes industriels, les banques et l’État) ; le système n’a pas trouvé de substitut ; aux USA, ce sont les marchés financiers qui assurent la coordination de l’économie.
- Le plein emploi aux USA, mais qui sont confrontés à un déficit commercial considérable.

Ainsi, se conclut cette séance sur le modèle économique français actuel ("modèle en question", selon le titre même du Petit déjeuner), que Jean-Paul Fitoussi et Michael Storper (avec Françoise Crouïgneau en tant que médiateur), ont présenté, en évoquant, chacun à leur manière, ses trais essentiels, ses carences sur fond de crise sociale qui perdure, mais également certains points plus positifs. Tous deux ont émis des suggestions pour remédier à ce modèle qui pose problème : Jean-Paul Fitoussi se réfère à l’Europe, et souhaite une véritable politique européenne de croissance ; Michael Storper propose de repousser la frontière technologique et de remédier au manque d’adaptabilité et de souplesse des structures, des institutions et de la culture françaises.

À l’exception de l’intervention de Jean-Paul Fitoussi, le compte rendu a été réalisé par Marie-Annick Mazoyer

Ce débat s'est déroulé de 8h30 à 10h00, le 27 avril, à Sciences Po, Amphithéâtre Jean Moulin, 13 rue de l'Université, 75007 Paris.


EN SAVOIR PLUS SUR LES INTERVENANTS

Jean-Paul FITOUSSI est professeur des Universités à Sciences Po, président de l'OFCE, secrétaire général de l’Association internationale des sciences économiques et membre du Conseil d'analyse économique auprès du Premier ministre. Il est également expert au Parlement européen et membre de la Commission économique de la Nation.
- Plus d'informations sur Jean-Paul Fitoussi sur le site de l'OFCE

Michael STORPER est professeur des Universités à Sciences Po en sociologie économique, Professor of Regional and International Development à l’UCLA et Professor of Economic Geography à la London School of Economics and Political Science. Il est également Chercheur au CSO.
- Plus d'informations sur Michael Storper

Françoise CROUÏGNEAU, est rédactrice en chef "International", Les Échos.

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