Sciences Po CSO/CNRS CNRS
Séminaire doctoral / Doctoral Seminar
Ivanne Merle : « La construction de la fiabilité dans une usine de chimie fine
28 Octobre 2005

Ivanne Merle : « La construction de la fiabilité dans une usine de chimie fine : des régimes différenciés, des collectifs de travail professionnalisés, de nouvelles perspectives pour les approches “contingentes” »

Le séminaire visait à présenter en premier lieu la problématique générale de thèse. Il s’agit de discuter des stratégies et des mécanismes de prévention des « risques majeurs » dans l’industrie chimique, à partir des données empiriques recueillies dans une entreprise du secteur de la chimie fine. La notion de « risque majeur » est apparue en France dans les années 1970, dans le champ académique d’abord et dans le champ réglementaire ensuite, pour désigner une catégorie particulière de risques. Ces risques sont généralement définis de deux manières : d’un point de vue « pratique » - ce sont des risques d’accidents de grande ampleur (explosions, incendies ou émissions toxiques) qui peuvent avoir des conséquences extrêmement graves (dommages humaines, matériels et environnementaux ; coûts moraux, symboliques et financiers…) - et d’un point de vue « conceptuel » - ce sont des risques « singuliers », qui ont une probabilité d’occurrence très faible et une gravité très forte et qui sont de ce fait difficile à saisir, à appréhender, à comprendre et à maîtriser. La littérature consacrée à ces « risques singuliers » est aujourd’hui extrêmement riche et il s’agit par conséquent de confronter les concepts, les modèles et les théories existants « à l’épreuve des faits », en regardant ce qui s’est joué de manière concrète dans une entreprise de l’industrie chimique en prise avec ces questions depuis plus de vingt ans. Il s’agit de montrer notamment que la sécurité ne se construit pas seulement par le « haut » (cadres et dirigeants », mais aussi par le « bas » (opérateurs de fabrication, de logistique ou de maintenance et encadrement de proximité ), au cœur même des « lieux de production du risque ».

Le séminaire visait à discuter en second lieu une partie de l’argumentaire de thèse. L’enquête réalisée dans l’une des deux usines de l’entreprise avait révélé que les modalités de gestion des risques étaient très différentes selon les activités mises en œuvre (fabrication, logistique et maintenance), ce qui signifiait qu’il pouvait y avoir des « régimes différenciés » de fiabilité au sein d’une même entreprise. Il était dès lors intéressant de s’interroger sur les raisons et les fondements de cette « contingence », en rendant compte des caractéristiques et des contraintes spécifiques de chaque activité . L’enquête avait révélé en outre que la construction de la fiabilité en fabrication et en maintenance reposait essentiellement sur la construction de collectifs de travail professionnalisés et stabilisés, ce qui signifiait que la construction de la fiabilité ne passait pas uniquement par la production et la modification des règles et des procédures de travail. Il était dès lors intéressant de s’interroger sur les conditions de cette stabilisation et de cette professionnalisation des collectifs en adoptant une perspective historique.