Sciences Po CSO/CNRS CNRS
Séminaire doctoral / Doctoral Seminar
F. Barthélémy a animé le premier séminaire doctoral : "Intervention sociale et emploi"
7 Octobre 2005

Premier séminaire doctoral de l’année 2005-2006
Fabienne Barthélémy : "De nouveaux entrants sur le marché du travail de l'intervention sociale : logiques de stabilisation et mécanismes de cooptation. "

Compte rendu Séminaire du 7 octobre : « De nouveaux entrants sur le marché du travail de l’intervention sociale : logiques de stabilisation et mécanismes de cooptation ».

Le séminaire visait à rendre compte de la problématique de thèse et de sa démonstration. La thèse questionne les mécanismes et stratégies de stabilisation de nouveaux opérateurs sur le marché du travail de l’intervention sociale. Depuis les années 90, ce marché du travail longtemps demeuré fermé s’ouvre, sous l’impulsion de l’Etat notamment, qui via des dispositifs d’aide à l’emploi (programme nouveaux services – emplois jeunes ou dispositif adultes-relais) favorise et soutient l’apparition d’un nouveau type d’opérateurs. Communément appelés « médiateurs sociaux », « femmes-relais » ou « modérateurs urbains », ces nouveaux intervenants sont chargés de développer des actions destinées à assurer le lien entre des représentants d'institutions locales diverses (mairie, établissements scolaires, services sociaux etc.) et des populations « fragilisées ». Ils ont comme caractéristique principale de ne pas partager les principales normes qui structurent le marché du travail de l'intervention sociale et ce, à plusieurs titres. D’une part, leur entrée se fait non pas au titre de l’obtention d’un diplôme spécifique mais d’un emploi aidé. D’autre part, ils n’ont pas le profil du travailleur social classique : ils n’ont pas de formation académique qui leur délivre un droit à exercer. Enfin, les conditions de leur emploi sont définies localement avec leur employeur (mairie, association) et non pas par voie statutaire : pour être maintenus sur le poste qu’ils occupent, ils doivent donc faire leurs preuves auprès de leur employeur.

Dès lors, selon quelles modalités ces nouveaux entrants qui ne partagent pas les normes qui structurent le marché du travail vont tenter de s’y stabiliser ?

L’analyse révèle que compte tenu de leur statut et de leur profil, ils ne peuvent pas se constituer d’emblée comme groupe autonome. Mais c'est par une autre voie qu’ils vont pouvoir gagner une forme de stabilité. C’est dans un jeu d'interactions, de cooptation, d'influences réciproques avec les acteurs qui composent leur environnement que les opérateurs vont trouver une place sur le marché du travail. L’analyse révèle que c’est en se faisant « coopter » (Selznick, 1949) par les acteurs locaux que ces opérateurs vont gagner une forme de stabilité dans le champ de l’intervention sociale. A travers la notion de « cooptation », nous faisons référence aux travaux de Philip Selznick qui décrit les processus d’interaction et de négociation implicites par lesquels une institution émergente parvient à se stabiliser en cooptant les intérêts locaux et éviter ainsi d’éventuelles sources d’opposition. Dans notre cas, le processus est inverse : c’est l’organisation en quête de stabilité qui est cooptée par ses environnements. Nos résultats permettent de discuter la lecture que fait une partie de la littérature actuelle sur le sujet qui voit dans ces formes d’emploi un processus avorté de professionnalisation et ce, parce que ces intervenants ne sont appréhendés que par l’intermédiaire des caractéristiques typiques des professions établies qu’ils ne possèdent pas. L’analyse montre que les opérateurs ne suivent pas un processus de « professionnalisation » mais se stabilisent via des jeux locaux qui façonnent la pratique et lui donnent un ancrage local. Dans ces jeux de lutte, d’opposition avec les acteurs locaux, certains opérateurs vont se saisir de la profession comme mode de développement et vont le mobiliser comme outil stratégique pour lutter et gagner une place. Mais l’analyse comparée de trois types d’opérateurs montre que la structuration de l’intervention sur le modèle professionnel (avec développement d’attributs spécifiques tels que la constitution d’un code déontologique, de formations particulières etc.) n’est qu’une des voies possibles de stabilisation mais une parmi d’autres. La thèse propose une lecture de ces différentes voies de stabilisation choisies par ces opérateurs.