Sciences Po CSO/CNRS CNRS

A LA FRONTIERE DE LA SOCIOLOGIE ET DE L'ECONOMIE


MARK GRANOVETTER est le premier sociologue à recevoir un Doctorat Honoris Causa de l'Institut d'études politiques de Paris. Mondialement reconnu, professeur à Stanford University, il est "chercheur invité" au CSO.

La cérémonie s'est déroulée dans le cadre des festivités du "Soixantième anniversaire de la refondation de Sciences Po par le Général de Gaulle".
DU 20 au 24 juin 2006.















Credits images : Contextes

MARK GRANOVETTER est professeur Joan Butler Ford Professor au département de sociologie de Stanford University. Il a occupé des fonctions d’enseignement et de recherche à Northwestern (1992-1995), à State University of New York (1977-1992) ainsi qu'à Harvard University (1973-1977).

Erhard Friedberg a retracé le parcours de ce sociologue "à la frontière de deux disciplines, la sociologie et l’économie" dans un discours prononcé à l'occasion de la remise du titre à Sciences Po, le 21 juin dernier.


Extraits
"Il est significatif que vous soyez le premier sociologue à recevoir un doctorat honoris causa de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Votre œuvre est en effet tout entier placé sous les auspices de cette pluridisciplinarité que cherche à réaliser notre institution dans ses enseignements et ses recherches. Non pas que vous ne vous revendiquiez pas comme sociologue. Mais la matière à laquelle vous vous intéressez – l’action et les institutions économiques – vous place en effet à la frontière de deux disciplines, la sociologie et l’économie. Elle vous oblige en quelque sorte à chercher le dialogue avec la science économique qui a, c’est là votre conviction, beaucoup à gagner à connaître et à intégrer les résultats des recherches de la nouvelle sociologie économique qui sans vos travaux ne serait pas ce qu’elle est ni n’aurait la place qu’elle occupe actuellement dans notre discipline....

Pour conclure, je voudrais évoquer le style de votre travail de sociologue, qui n’est pas naturellement sans lien avec la richesse des perspectives qu’il ouvre. Deux mots me semblent le caractériser le mieux : la subtilité et la finesse. Vous n’aimez pas réduire la richesse de la réalité, vous aimez au contraire enrichir votre réflexion de toute la complexité du réel, en l’utilisant pour affiner les angles, pousser les perspectives, expliciter toutes les implications d’une observation. Vous êtes l’ennemi des interprétations linéaires, vous êtes au contraire sensible aux discontinuités, aux effets de seuils, aux renversements paradoxaux, non pas par un amour abstrait des paradoxes, mais parce que vous pressentez que la réalité sociale est ainsi faite, qu’elle détrompe toujours les schémas d’interprétation trop unitaires et qu’on a intérêt à en suivre toutes les arcanes et toutes les tensions contradictoires. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Cette finesse d’analyse n’est pas pour vous un moyen pour « noyer le poisson » comme on dit, pour vous dérober à énoncer clairement des résultats que vous observez – en vous lisant, on n’est pas ballotté, on sait toujours où on en est, c’est pourquoi on est juste enrichi. Et derrière la subtilité de l’analyse se cachent des convictions fortes sur le rôle de la sociologie dans son dialogue avec l’économie, des convictions comme celle-ci, que je partage :
Les sociologues économiques, dites vous dans un de vos articles, ont le sentiment que ce que la sociologie économique peut contribuer à la compréhension de l’action économique est bien davantage que juste les 5% de variance expliquée supplémentaire que la théorie néoclassique aurait manqués."


- Télécharger l'éloge de Mark Granovetter par Erhard Friedberg - (doc pdf)


Après avoir reçu sa distinction, MARK GRANOVETTER a donné une conférence sur le thème de "La construction sociale de la corruption".

In this paper I sketch some sociological arguments about corruption. Recent literature is dominated by economic treatments that focus on identifying structures of incentives that make corruption more likely, and on assessing the impact of corruption on economic efficiency. Such arguments are usually framed in terms of agency theory, where a corrupt individual is an agent betraying a principal who has vested fiduciary obligations in him. In such treatments, the relationship between agent and principal is defined by how incentives are arranged, and the actors are otherwise indistinguishable or “representative” individuals. But I argue here that while such models may be reasonable other things equal, in practice they underdetermine outcomes because they abstract away from the social aspects of how incentives come to be arranged as they are, and how they come to be endowed with the value and the meaning that they ultimately have for actors. These important questions lie largely outside an economic frame of reference, and require analysis of social, cultural and historical elements...
- Tout l'article - (doc Word)

Dans ce cadre, Mark Granovetter a également publié un article dans Le Figaro (édition du 21 juin 2006), intitulé "Pourquoi est-il si difficile d'éradiquer la corruption ?"
- Téléchargez l'article - (doc pdf)


AUTRES DISTINCTIONS
Durant cette même semaine, Sciences Po a également remis le Doctorat Honoris Causa à cinq autres "personnalités internationales du monde académique et scientifique" :
Robert O. Keohane (Princeton University), Peter A. Hall (Harvard University), Mario Monti (Università Bocconi), Horst Möller (Institut für Zeitgeschichte), Edmund S. Phelps (Columbia University).
- Plus d'informations


À voir aussi :
Durant son séjour au CSO, Mark Granovetter a participé à la journée d'études co-organisée par le CSO, le CERI et le CEVIPOF le 16 juin 2006, intitulée "Building Bridges : dialogue entre sociologues économistes et économistes politiques". Il a également animé le séminaire doctoral du CSO du 9 juin 2006.