Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Programme "ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET RECHERCHE"

ANNEXE DE DOSSIER
Édité le 4 Avril 2009


Nous avons opté pour une présentation thématique des recherches, organisée autour de trois grand thèmes :
1. Fonctionnement et gouvernement des universités et des institutions de recherche
2. Les configurations universitaires
3. Européanisation et internationalisation des systèmes d’enseignement supérieur
Au sein de chaque thématique, nous avons adopté une approche chronologique des différentes recherches.


1. FONCTIONNEMENT ET GOUVERNEMENT DES UNIVERSITES ET DES INSTITUTIONS DE RECHERCHE

A) Une approche organisationnelle des universités

  • Une première recherche (1984) sur le fonctionnement et le mode de gouvernement de deux universités françaises et deux allemandes (Erhard Friedberg, Christine Musselin)

    A partir de cette recherche, lancée dans un contexte, où les travaux en ce domaine étaient quasi-inexistants en Europe, et dans une perspective organisationnelle (sur les systèmes flous, ou « loosely coupled »), Christine Musselin a réalisé sa thèse intitulée Système de gouvernement ou cohésion universitaire. Les capacités d'action collective de deux universités allemandes et de deux universités françaises, qu’elle a soutenue à Sciences Po, sous la direction de Michel Crozier, en 1987. Le rapport de synthèse de la recherche publié sous la forme d’un ouvrage, En quête d’universités (1989) montre que les universités allemandes sont plus gouvernées que les universités françaises.
    Pour en savoir plus - Entretiens avec Erhard Friedberg et avec Christine Musselin

  • Nouvelles recherches menées sur le gouvernement des universités (Christine Musselin, Stéphanie Mignot-Gérard) - (années 2000)


  • ==) Consolidation des organisations universitaires
    Thèse de Stéphanie Mignot-Gérard: "Echanger et argumenter. Les dimensions politiques du gouvernement des universités françaises", soutenue à Sciences Po en 2006, sous la direction de Christine Musselin.

    La thèse s’appuie sur une enquête menée à la demande de l’AMUE (Agence de mutualisation des universités et établissements) auprès de quatre établissements pour l’analyse qualitative et de 37 établissements pour l’analyse quantitative. Elle vise à saisir les ressorts du leadership dans l’organisation universitaire à partir du cas des universités françaises. La comparaison de ses résultats avec les études menées au milieu des années 80 montre que ces établissements ont connu en une quinzaine d’années des mutations importantes. Dans sa recherche, S. Mignot-Gérard, au lieu de se focaliser sur la figure du président d’université, le replace dans le réseau de relations entretenues avec l’ensemble des acteurs (directeurs d’UFR, responsables administratifs, conseils statutaires) participant à la production des décisions collectives de l’établissement.
    Pour en savoir plus : Entretien avec Stéphanie Mignot-Gérard

    ==) Développement théorique autour des universités
    Christine Musselin a poursuivi sa réflexion sur la singularité du gouvernement des universités. Dans le chapitre d’un ouvrage collectif publié en 2006, elle rappelle le caractère composite du gouvernement des universités (cf. thèse de Stéphanie Mignot-Gérard) et le fait que celui-ci est contraint par deux caractéristiques propres aux activités de production scientifique et pédagogique : la faiblesse de leur interdépendance fonctionnelle (loose coupling) et le fait qu’elles ne mobilisent pas une technologie identifiable (unclear technology).


  • Modernisation des organisations universitaires (Christine Musselin – Sana Miladi) - (années 2000)


  • ==) Mise en place des campus numériques en France (réforme lancée entre 2000 et 2002 par les ministères de l’Education nationale et de la Recherche français)
    Thèse de Sana Miladi, engagée en 2002, sous la direction de Christine Musselin ("L’utilisation des nouvelles technologies d’information et de communication dans l’enseignement supérieur : la mise en place des campus numériques français").

    La thèse de Sana Miladi s’appuie sur une enquête lancée fin 2002 sur les capacités d’adaptation des universités aux nouvelles technologies de l’information, qui porte sur six campus numériques. Sana Miladi recense d’abord les innovations pédagogiques liées à cette réforme (nouveaux cursus proches des besoins des étudiants car modulables et sur mesure ; formations s’appuyant à la fois sur les outils multimédias et des ressources humaines). Elle étudie ensuite le décloisonnement organisationnel porté par cette réforme. Les premières conclusions de sa thèse montrent que cette nouvelle forme d’organisation en réseaux a conduit à une rationalisation du travail des participants.
    Pour en savoir plus : Entretien avec Sana Miladi


    ==) Participation de Christine Musselin à une recherche intitulée OEU (Observatory of European University), initiée dans le cadre du réseau d’excellence PRIME, l’objectif étant d’établir une cartographie de chaque établissement afin de lui permettre de se positionner et d’apprécier ses cohérences entre ses ressources (budgétaires et humaines), ses résultats (en publications et en termes de third mission) et sa stratégie (governance). Le rapport final a été remis en 2006.



    B) Gouvernement des institutions de recherche

    L’enseignement supérieur, d’une part, et la recherche, d’autre part, correspondent depuis longtemps, en France comme à l’étranger, à deux communautés scientifiques différentes, qui souvent s’ignorent. « Pourtant ce sont les mêmes acteurs individuels (les universitaires) et institutionnels (les universités) qui sont censés développer activités scientifiques et pédagogiques. Il convient donc de parvenir à surmonter ce découpage artificiel. Un tel positionnement semble d’autant plus pertinent que l’enseignement supérieur et la recherche sont actuellement confrontés à des phénomènes comparables et notamment à des pressions de convergence par la construction parallèle d’un espace européen de l’enseignement supérieur et d’un espace européen de la recherche » et par des restructurations qui visent, entre autres orientations, à rapprocher le plus possible la recherche de l’université (Rapport d’activité du CSO, 2000-2003).

  • Gouvernement d’un établissement public de recherche fondamentale : le cas du CNRS (Catherine Vilkas) - (fin des années 90- 2001)


  • Thèse de Catherine Vilkas : "L'art de gouverner la science dans le système public français : le cas du CNRS. Représentation, évaluation, direction de quatre disciplines", soutenue à Sciences Po, en 2001, sous la direction de Pierre Grémion.
    L'analyse empirique de quatre sections dans deux Départements en physique et en biologie montre comment les dispositifs institutionnels d'évaluation et de décision sont mobilisés par les acteurs dans l'exercice du gouvernement des scientifiques et des laboratoires. Entre les deux pôles qui y participent, celui des instances représentatives délibérantes du Comité national et celui des instances de Direction, progressivement renforcé aux dépens du premier simplement consultatif, s'établit une coopération plus ou moins conflictuelle, marquée par l'argumentation et la négociation. Le mode de gouvernement de cet établissement est soumis « à des couples de forces opposées tels que liberté et contrôle, démocratie et hiérarchie, incertitude et choix, diversité et centralisation ».

  • Transformation du financement de la recherche et impact sur les laboratoires - (Christine Musselin – Julien Barrier – Felipe Camerati)


  • A partir de 2005, la perspective initialement développée pour comprendre le gouvernement des institutions universitaires a été étendue aux institutions de recherche. Ces dernières connaissent actuellement de profondes évolutions notamment dans le champ du financement et de l’évaluation : nouveaux outils de contrôle, intervention de nouveaux acteurs, multiplication des niveaux et des instances de décision (industriels, région, Union européenne). Deux thèses, insérées dans le programme SUN (Steering UNiversities) du réseau d’excellence PRIME (http://www.prime-noe.org), sont en cours de rédaction sur les incidences des transformations du financement de la recherche sur le fonctionnement des laboratoires :

    ==) « Politiques, modes de financement et formes d’organisation de la recherche universitaire en France (1982-2006) : le cas des sciences de l’ingénierie » : thèse de Julien Barrier (commencée fin 2004, sous la direction de Christine Musselin)

    La thèse de Julien Barrier vise à comprendre les transformations dans la recherche publique en France, en se concentrant sur les modes de financement, de gestion et de gouvernement de la recherche universitaire. Le travail empirique porte sur l’évolution de la recherche universitaire dans le domaine des sciences de l’ingénierie sur la période 1982-2006. Elle s’intéresse à l’impact de trois grandes évolutions sur les pratiques de recherche, le métier et la carrière de chercheur, ainsi que sur les institutions de recherche : (1) la multiplication des guichets de financement de la recherche (régions, industriels, réseaux associant industriels et recherche publique) ; (2) l’attention croissante des pouvoirs publics à la réforme des modes de pilotage de la recherche ; (3) l’affirmation d’un nouveau paradigme pour l’action publique en matière de recherche (meilleure articulation entre recherche et innovation, science et industrie, production de connaissances et enjeux économiques).
    Entretien avec Julien Barrier

    ==) « Les transformations du système de financement de la recherche dans les universités britanniques » : thèse de Felipe Camerati (commencée en 2006, sous la direction de Christine Musselin)

    Felipe Camerati étudie l’impact des transformations des modalités de pilotage de la recherche britannique sur la gestion des départements universitaires. En effet, le système de recherche britannique est marqué par de nombreux bouleversements : multiplication des sources de financement (ministères, industrie, Research Councils, Union européenne), évaluation des laboratoires via le Research Assessment Exercise (RAE). La thèse s’appuie sur une étude empirique diachronique (1980-2005) et se concentre sur deux départements de géographie et de computer science.
    Entretien avec Felipe Camerati

    ==) Nouvelles formes de coordination des politiques de recherche et de l’enseignement supérieur (Claire Champenois) – 2000-2006

    La thèse de Claire Champenois, soutenue à Sciences Po Paris en 2006, sous la direction de Christine Musselin, et intitulée "Entre science et marché : l'entrepreneur 'rationalisé'. Naissance et développement de l’industrie allemande des biotechnologies", illustre les nouvelles formes d’action publique concernant le pilotage des politiques d’innovation, plus incitatives que directives, mêlant acteurs publics et privés et s’appuyant sur des dispositifs décentralisés de coordination de la recherche.
    Entretien avec Claire Champenois



    2. LES CONFIGURATIONS UNIVERSITAIRES

    L’approche organisationnelle des universités a conduit à reconsidérer les frontières effectives de l’objet à étudier, à « quitter l’université » pour éclairer les variations observées d’un établissement à l’autre, par des mécanismes exogènes aux universités et produisant un contexte d’action différent. Pour cela, Christine Musselin a développé la notion de « configuration universitaire » pour désigner le cadre des interdépendances qui lient les « ordres locaux incomplets » que constituent les universités, les autorités publiques et la profession universitaire.

    Cette notion permet de penser ensemble la contingence de chaque situation ou des ordres locaux et des déterminants plus larges (mécanismes culturels, effets de socialisation, mécanismes sociétaux, arrangements institutionnels spécifiques, environnements institutionnels, systèmes de croyances, cadres cognitifs, régulations nationales...). (cf. Rapport d’activités du CSO, 2000-2003)


    A) Ministères de tutelle, pilotage des systèmes d’enseignement supérieur et de recherche et analyse du changement

    L’analyse du pilotage des systèmes d’enseignement supérieur et de recherche et de ses transformations constitue un second axe du programme.

  • Les prémisses : de l’analyse du fonctionnement et du mode de gouvernement des universités à celle des autorités de tutelle (Erhard Friedberg, Christine Musselin, Cécile Brisset-Sillion) (1988-1994)


  • ==) Etude des ministères de tutelle des universités en France et en Allemagne (Erhard Friedberg et Christine Musselin) – (1988-1991)

    Ces recherches ont été menées dans les directions chargées de l’enseignement supérieur en France et dans les ministères pour la Science de trois Länder en Allemagne. L’étude montre une plus grande capacité redistributive des autorités de tutelle allemandes : « Qu’il s’agisse des budgets, d’habilitations de programmes ou de recrutements, leurs interventions se font dans un cadre qui laisse place à la diversité plutôt qu’à l’harmonisation nationale, à l’affirmation de choix plutôt qu’aux compromis égalisateurs, à des prises de décision au cas par cas plutôt qu’au traitement synoptique des dossiers ». Cette étude est publiée sous forme d’ouvrage, L’Etat face aux universités en France et en Allemagne (Anthropos, 1993).
    Pour en savoir plus, entretiens avec Erhard Friedberg et Christine Musselin

    ==) Etude du système public universitaire de l’Etat de New York (1988 – 1994) - (Cécile Brisset-Sillion)

    Thèse de Cécile Brisset-Sillion sur SUNY (State University of New York), Entre Etat et marché : les régulations du système universitaire de l'Etat de New York (soutenue à Sciences Po Paris en 1994, sous la direction de Erhard Friedberg) : extension géographique des recherches menées en France et en Allemagne par E. Friedberg et C. Musselin à l’étude des systèmes d’enseignement supérieur publics aux Etats-Unis, qui ressemblent aux systèmes universitaires européens mais doivent fonctionner dans un contexte beaucoup plus concurrentiel.
    Entretien avec Cécile Brisset


  • Evolution du système universitaire et analyse du changement (Christine Musselin)


  • ==) Recherche sur la contractualisation des relations entre la tutelle et les universités en France (Christine Musselin, Sandrine Lipiansky)- 1994

    L’étude du processus de contractualisation des postes et d’une partie des budgets mis en œuvre entre la tutelle et les établissements depuis 1988 a permis de reconstituer la genèse de cette politique et de mesurer l’incidence de la contractualisation sur le fonctionnement interne des universités. Cette contractualisation donnait plus de pouvoir aux universités (alors que jusqu’alors les décisions étaient centralisées au niveau de l’Etat et des facultés, c’est-à-dire des disciplines).

    ==) La transformation de la configuration universitaire en France : La longue marche des universités françaises, PUF, 2001 (traduit en anglais, Routledge, 2004) (Christine Musselin).

    Auparavant, la configuration universitaire française était caractérisée par la centralisation étatique (centralisation corporative révélée par l’organisation de la profession universitaire française ; multiples formes de co-gestion entre le centre étatique et la corporation centralisée ; inexistence des universités au profit d’un pilotage vertical et facultaire – ou disciplinaire – depuis la suppression des universités par la Convention de 1793 suite à la Révolution française, et confortée par les réformes napoléoniennes). Les transformations survenues à partir de 1988 avec la politique de contrats d’établissement ont remis en question cet équilibre (cf. Recherche précédente sur la contractualisation). Au sein de la tutelle, les logiques disciplinaires ont été concurrencées par des modes d'action de plus en plus centrés sur les établissements ; les universités ont renforcé leur capacité de gouvernement et se sont imposées comme des interlocuteurs pour l’administration centrale ; la cogestion Etat-profession a perdu de sa vigueur.
    Entretien avec Christine Musselin (ainsi que l’entretien sur l’ouvrage)

  • Nouvelles formes de pilotage des politiques d’enseignement supérieur et de recherche (Jérôme Aust, Benoit Cret, Christine Musselin, Kathia Serrano-Velarde)


  • Après les réformes du début des années 80 qui avaient déjà fortement transformé le système de recherche et d’enseignement supérieur, le Pacte pour la recherche (2006) a abouti à une nouvelle et profonde réorganisation du système (mise en place de nouvelles agences d’évaluation – AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) -nouvelles structures de coopération et de coordination décentralisées – PRES, RTRA (réseaux thématiques de recherche avancée) -, montée en puissance de l’impératif de rapprochement universités-laboratoires, évaluation et contrôle par des agences publiques, contraintes de l’internationalisation.

    ==) Les Délégués régionaux à la recherche et à la technologie (Jérôme Aust, Benoit Cret et Christine Musselin) (Contrat avec le MESR : juin 2008- janvier 2009)

    Les Délégués régionaux à la recherche et à la technologie (DRRT) ont été institués en 1982, au moment de la transformation de la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST) en ministère de la Recherche et de l’Industrie. « À l’époque, il s’agissait de réformer les modes de fonctionnement centralisés de la DGRST en dotant le ministère d’un échelon déconcentré. La création des DRRT faisait écho dans le champ de la recherche à la politique de décentralisation, impulsée elle aussi à cette période » (cf. entretien avec Jérôme Aust). Cette enquête est financée par la Délégation générale à la recherche et à l’innovation (DGRI) du ministère de la Recherche. Elle questionne d’abord l’évolution des profils et des trajectoires des DRRT depuis la création de la fonction en 1982. L’étude s’intéresse ensuite à l’évolution des fonctions de DRRT en région. En interrogeant des délégués mais aussi certains de leurs partenaires, l’objectif est ici de comprendre la nature de leur activité et la manière dont elle est affectée par les nombreuses recompositions qui ont marqué les politiques publiques depuis 1982 (montée en puissance des collectivités locales, affermissement du pouvoir des présidents d’universités...).
    Entretiens de Jérôme Aust et de Benoit Cret

    ==) Les nouveaux Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) (Jérôme Aust, Christine Musselin) - (2008)

    Cette recherche s’intéresse aux dynamiques liées à la création des PRES Elle est financée par la Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT). L’étude est coordonnée par Jérôme Aust, Christine Musselin, et des universitaires (Cécile Crespy - université Paris XIII), Christelle Manifet et Catherine Soldano (université de Toulouse- Le Mirail). Les objectifs de la recherche sont de cerner les recompositions induites par la création des PRES. Il s’agit de comprendre « (1) comment ces dispositifs attestent de nouvelles formes d’intervention de l’État ; (2) en quoi ils reconfigurent les relations entre les universités, les grandes écoles et les grands organismes de recherche ; (3) s’ils marquent ou non une étape décisive dans le rapprochement entre les établissements d’enseignement supérieur, les collectivités locales et les intérêts économiques locaux » (cf. Entretien avec Jérôme Aust).
    Entretien avec Jérôme Aust


    ==) Les activités des cabinets de conseil auprès des universités dans une perspective comparative, France, Allemagne, Grande-Bretagne – (Kathia Serrano-Velarde - post-doctorante) (fin 2007- novembre 2008)

    Depuis une dizaine d’années, à l’image des entreprises privées, le champ de la recherche et de l’enseignement supérieur a vu le développement d’agences d’évaluation et de conseil. Dans la lignée de sa thèse sur L’organisation de l’assurance-qualité dans le cadre du processus de Bologne, soutenue en 2007 à l’Université Humboldt de Berlin - sous la codirection de Hans-Peter Müller (Humboldt-Universität zu Berlin), Kathia-Serrano-Velarde a réalisé au CSO, dans le cadre d’un post-doctorat, une recherche intitulée "The modernisation of academic management: Learning the business from management consulters". Cette étude concerne les mêmes problématiques que celles de sa thèse, à savoir l’introduction de logiques marchandes dans l’enseignement supérieur et la constitution de marchés autour des universités. Kathia Serrano-Velarde a fait le choix de travailler sur ce thème de recherche lorsqu’elle a découvert incidemment, lors de son terrain d’étude pour son doctorat, une agence d’évaluation qui proposait également des services de conseil et qu’elle s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un phénomène de plus en plus important. Elle a introduit l’aspect comparatif pour des raisons méthodologiques (comprendre si la nature de ce service bien particulier allait varier selon les contextes institutionnels).
    Entretien avec Kathia Serrano-Velarde


    B) Marchés du travail universitaires, travail universitaire, carrières (Christine Musselin) - (fin des années 90- années 2000)


  • Marchés du travail universitaires (depuis les années 2000)
    (Christine Musselin)


  • ==) Le marché des universitaires. France, Allemagne, Etats-Unis (Christine Musselin)

    Différentes enquêtes ont été réalisées sur deux disciplines (histoire-mathématiques) dans trois pays (France, Allemagne, USA), avec le concours de Marc Blangy, d’Alexandra Fresse et de Frédéric Hénin. Christine Musselin a publié un livre qui reprend les principaux apports de cette comparaison, Le marché des universitaires. France, Allemagne, Etats-Unis (Presses de Sciences Po, 2005).
    Le livre insiste particulièrement sur les décisions de recrutement, en se référant à l’économie de la qualité dans la lignée des travaux de Lucien Karpik. L’ouvrage distingue deux moments essentiels lors du recrutement des universitaires : l’évaluation (scientifique et pédagogique) puis la détermination du « prix » de l’enseignant. Le livre souligne que le recrutement des universitaires reste fortement lié aux contextes nationaux (procédures de sélection, déroulement des carrières, détermination du « prix » des universitaires), mais que les mécanismes de jugement pour la sélection des dossiers sont en revanche liés avant tout à des caractéristiques disciplinaires mais finalement assez semblables.
    Plus d'infos


    ==) Mobilité académique et marchés du travail universitaires en Europe (François Dedieu, sous la direction de Christine Musselin) - (2001-2002)

    Après une première étude menée sur la mobilité académique en France, en Allemagne et au Royaume-Uni au milieu des années 90, à la demande du ministère de la Recherche, une nouvelle enquête a été réalisée suite à un appel d’offres de la DPD. Elle portait cette fois sur les chercheurs étrangers employés par les laboratoires publics ou privés français. Une centaine d’entretiens ont été menés dans trois disciplines (économie, chimie et sciences de la vie). L’enquête, achevée fin 2002, fait ressortir des différences entre les secteurs public et privé.

    Dans le public, la mobilité intervient le plus souvent après la thèse et constitue une étape indispensable, pour obtenir un poste de titulaire, le plus souvent dans son pays d’origine. Les laboratoires d’accueil apprécient ce personnel peu coûteux, efficace et envers lequel ils ne se sentent pas engagés. Le recrutement s’effectue soit par des mécanismes très sélectifs, soit grâce à des échanges entre des laboratoires déjà investis dans des collaborations.

    Dans le privé, les chercheurs étrangers sont peu présents dans les entreprises qui recrutent surtout des ingénieurs issus des grandes écoles. Deux raisons notamment incitent parfois les laboratoires du privé à se tourner vers les chercheurs étrangers : l’absence de compétences ou de candidats en France et les situations de restructurations industrielles.


  • Travail sur les universitaires (ACI « Travail dans la fonction publique » – 2002-2005)- (Valérie Becquet, Christine Musselin)


  • La différenciation des formations offertes, l’hétérogénéité accrue des publics étudiants, l’émergence d’une autonomie institutionnelle des établissements soumettent le travail universitaire à des recompositions importantes. Dans ce cadre, une étude (s’appuyant sur une centaine d’entretiens) a été réalisée sur quatre disciplines (biologie, gestion, histoire, physique), avec Valérie Becquet. Les conclusions de cette étude constatent la très grande diversité des tâches des universitaires mais aussi les perceptions différenciées que les universitaires ont d’une discipline à l’autre des activités de recherche, d’enseignement et d’administration. Ce constat peut être lié à plusieurs facteurs (rapport à l’environnement, surtout pour les physiciens et biologistes en quête de ressources, statut), et surtout les choix personnels, c’est-à-dire la manière dont chacun conçoit son métier, son projet professionnel.


  • Gestion des carrières (Christine Musselin)


  • ==) Gestion des carrières et parité (Christine Musselin et Vincent Mangematin /GAEL-INRA) - (2004 – 2006)

    Cette recherche portait sur l’impact du genre sur la conduite des carrières universitaires et s’intitulait : « Entre discrimination et auto-censure : les carrières des femmes dans l’enseignement supérieur et la recherche », étude réalisée dans le cadre de l’appel à projets « Pour l’égalité des chances entre les femmes et les hommes », lancé par le ministère de l’Enseignement supérieur. Elle abordait différentes composantes (choix personnels, évaluation des performances, conformation aux demandes des institutions), intégrait des approches qualitatives et quantitatives et a été menée auprès de trois disciplines (histoire, sciences de gestion, sciences de la vie). Le rapport final montre que les commissions de spécialistes, comme les jurys d’agrégation, sont faiblement discriminateurs, mais révèle surtout une carence de candidates femmes lors des recrutements des professeurs (c’est donc entre le recrutement et le passage au rang supérieur que se produisent des stratégies de carrières différenciées mais aussi des engagements différenciés dans les tâches).

    ==) Carrières universitaires : « Trajectoires universitaires et évolution des carrières » (Projet de recherche TRAJUNI) - (Christine Musselin, Frédérique Pigeyre, Mareva Sabatier, Maëlle Le Guyader, Benoit Cret, Olivier Pilmis, Aurélie Tricoire,) – (2007- 2010)

    Cette recherche, financée par l’ANR (Agence nationale de la recherche) sur le programme thématique en SHS « Apprentissages, connaissance et société », est conduite par Christine Musselin, en partenariat avec une gestionnaire (Frédérique Pigeyre), une économiste (Mareva Sabatier) et le bureau des études de gestion prévisionnelle du ministère de l’Education nationale. Elle associe, depuis décembre 2008, Benoit Cret, post-doctorant à plein temps pour un an, qui prend la suite de Maëlle Le Guyader, ancienne post-doctorante du CSO (juillet 2007-septembre 2008) et deux post-doctorants à mi-temps recrutés pour six mois (janvier-juin 2009), Olivier Pilmis et Aurélie Tricoire. Cette recherche « interroge la place grandissante des ‘carrières nomades’ dans une profession universitaire, qui, à l’image de nombreux secteurs du marché du travail, semble marquée par des bouleversements importants : réduction des chances d’accès à un emploi permanent, passage obligé par des postes et des statuts diversifiés, élévation de l’âge moyen d’obtention d’un poste de titulaire. En prenant le cas de l’histoire, de la gestion et de la physique, elle questionne l’effectivité de ce changement et plus globalement, les recompositions qui affectent la profession universitaire» (Rapport d’activités du CSO, 2004-2007).


    ==) sur ce thème : Les universitaires, Christine Musselin, 2008

    Christine Musselin a publié un ouvrage, Les universitaires (La Découverte), qui propose une synthèse des travaux concernant divers aspects de cette profession (morphologie et composition de ce groupe professionnel, travail universitaire, modalités d’accès et de gestion des carrières académiques, marchés du travail universitaire). Il fournit, par ailleurs, des données empiriques comparatives sur trois pays ayant chacun une tradition universitaire spécifique (la France, l’Allemagne et les Etats-Unis). Enfin, le livre identifie et analyse les transformations auxquelles sont confrontés aujourd’hui les universitaires en France et à l’étranger.
    Pour en savoir plus


    ==) « Les trajectoires des enseignants-chercheurs au Royaume-Uni : des carrières organisationnelles vers des carrières nomades ? » (Simon Paye) –( 2008 - …)

    Un nouveau doctorant, Simon Paye, rattaché au programme doctoral du CSO depuis la rentrée universitaire 2008, a le projet de mener des recherches, dans le cadre de sa thèse, sur les trajectoires des enseignants-chercheurs au Royaume-Uni.

    Pour en savoir plus sur l’ensemble de ces recherches (B) : Entretien avec Christine Musselin



    3. EUROPEANISATION ET INTERNATIONALISATION DES SYSTEMES D'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

    A la fin des années 90, le système d’enseignement supérieur et de recherche a dû s’adapter à une européanisation qui, bien que tardive, est actuellement en pleine expansion. Le processus de Bologne, en harmonisant l’architecture des cursus européens (LMD/Licence, master, doctorat), remet en cause le cadre national comme espace pertinent de gestion des politiques universitaires ; les financements européens dans le secteur de la recherche tiennent également une place importante. Parallèlement, les établissements, les étudiants et les universitaires sont incités à s’inscrire dans un espace de publication, de production de connaissances et d’évaluation de plus en plus international.

  • Génèse et institutionnalisation du processus de Bologne au niveau européen - (Pauline Ravinet) –(2002-2007)


  • Le processus de Bologne, qui est à l’origine, un processus intergouvernemental basé sur la participation volontaire des Etats et qui ne repose pas sur des mécanismes juridiquement contraignants, s’est imposé peu à peu comme la matrice des réformes de l’organisation des cursus en Europe. Pour comprendre ce passage d’un processus non contraignant à l’origine à un dispositif beaucoup plus institutionnalisé, la thèse de science politique de Pauline Ravinet, "La genèse et l’institutionnalisation du processus de Bologne. Entre chemin de traverse et sentier de dépendance", soutenue à Sciences Po en 2007, sous la codirection de Christine Musselin et Pierre Muller (Cevipof), analyse ces deux dimensions : d’abord, un processus de construction d’une vision et d’objectifs qui prennent forme au moment du lancement du processus de Bologne en 1998 ; puis un processus de structuration d’un dispositif de suivi formalisé (groupes de suivi, règles, outils et activités de suivi et d’évaluation).
    Pour en savoir plus : Entretien avec Pauline Ravinet

  • Mise en œuvre du processus de Bologne et européanisation (Christine Musselin, Stéphanie Mignot-Gérard, Marte Mangset, Pauline Ravinet) - (2004-2009)


  • Plusieurs recherches ont été réalisées pour comprendre les modalités d’application, les résistances, les recompositions et les effets (pervers) induits par la mise en œuvre de ce processus.

    ==) Mise en oeuvre du processus de Bologne en France (Stéphanie Mignot-Gérard, Christine Musselin)

    Une première analyse de la réforme en France a été réalisée dans le cadre d’un contrat de recherche avec l’ESEN (Ecole supérieure de l’Education nationale) et Sciences Po. L’étude montre que l’application du processus de Bologne en France a eu deux conséquences : le développement d’une offre pléthorique et une hétérogénéité de l’organisation pédagogique des cursus des diplômes créés ou restructurés, avec des effets indirects en termes de coût et d’organisation interne de l’université.


    ==) Etude comparée des conceptions de la discipline « histoire » dans des universités anglaises, françaises et norvégiennes (Marte Mangset) - (2004 - …)

    La thèse de Marte Mangset (doctorante depuis 2004 et qui a un double rattachement - université de Bergen et CSO/Sciences Po), menée sous la codirection de Olav Korsnes (Département de sociologie – Université de Bergen) et de Christine Musselin, part du constat que ces dernières années, l’enseignement supérieur en France et en Norvège a été profondément marqué par des réformes plus ou moins liées au Processus de Bologne. La réorganisation des programmes d’études constitue une partie centrale de ces réformes. En Angleterre, le processus de Bologne a eu moins de conséquences sur les cursus universitaires.

    Marte Mangset, qui a fait le choix d’une discipline, l’histoire, comme terrain d’étude, montre que d’autres réformes récentes, plutôt nationales, ont changé l’organisation. Dans sa thèse, elle cherche à étudier les rapports entre l’organisation des programmes d’études et les conceptions de cette discipline.

    Entretien avec Marte Mangset

    ==) Les SHS en France : évolution depuis 20 ans et insertion dans l’Europe de la connaissance (Christine Musselin, Pauline Ravinet) – (Contrat de recherche avec le MESR – juin 2008-janvier 2009)
    Même si la question de la situation, de la place et du rôle des SHS a fait l’objet de nombreuses déclarations et rapports, aucun recensement ni analyse secondaire des documents existants n’ont jamais été réalisés. D’autre part, après la déclaration de la Sorbonne, le développement des financements européens de la recherche et la stratégie de Lisbonne, cette étude ne peut plus être menée dans un cadre strictement français. Il est donc nécessaire de s’interroger sur l’insertion des SHS dans l’Europe de la connaissance. Tels sont les deux objectifs poursuivis par cette étude.

    ==) Prospectives scientifiques concernant l’enseignement supérieur au-delà de 2010 (John Brennan, Jürgen Enders, Christine Musselin, Ulrich Teichler, Jussi Valimaa)
    Le projet de recherche « Higher Education in Europe Beyond 2010: Resolving Conflicting Social as Economic Expectation » constitue l’une des « Prospectives scientifiques » (Forward looks) retenues par la Fondation européenne des sciences. Il est conduit par un groupe de chercheurs européens : John Brennan (CHERI/Centre for Higher Education Research and Information), Jürgen Enders (Université de Twente, Hollande), Christine Musselin (CSO), Ulrich Teichler (Université de Kassel, Allemagne) et Jussi Valimaa (Université de Jyvaskyla, Finlande).

    Consacré à l’enseignement supérieur en Europe, ce projet a permis d’élaborer des bilans, des idées et des analyses sur les thématiques suivantes :
    (1) Enseignement supérieur et rapports avec la société de la connaissance ; (2) Enseignement supérieur et justice sociale ; (3) Enseignement supérieur, réseaux et interdépendances ; (4) Enseignement supérieur : gouvernance et gestion ; (5) Diversité et différenciation des formes institutionnelles et des rôles professionnels. Il a abouti à la publication par l’ESF d’un vaste appel d’offres sur « Les transformations de l’Enseignement supérieur en Europe ».
    Pour en savoir plus


  • Internationalisation et processus transnationaux


  • ==) Qualité et processus transnationaux : le cas des agences d’accréditation (Benoit Cret) - (2003-2007)
    La thèse de Benoit Cret, intitulée L’émergence des accréditations : origine et efficacité d’un label, et soutenue à Sciences Po en 2007, sous la direction de Christine Musselin, porte sur trois agences chargées de l’accréditation des programmes de MBA ou des établissements de gestion : l’AACSB (américaine), l’AMBA (britannique) et EQUIS (européenne). Elle vise d’abord à comprendre comment ces agences fonctionnent et pourquoi elles ont cherché à étendre leur domaine d’action et à quitter leurs frontières pour s’internationaliser. D’autre part, Benoit Cret a étudié comment trois établissements anglais et trois établissements français ont pris la décision de se soumettre à ces accréditations et comment ils se sont organisés et préparés à cette accréditation.

    Une des conclusions de ce travail est que, paradoxalement, les agences d’accréditation sont moins une « aide » pour guider les consommateurs (étudiants, entreprises) dans leur choix en les dotant d’équipements distinctifs qu’elles ne constituent des aides à la décision, et surtout à l’action pour les équipes de direction des établissements.
    Entretien avec Benoit Cret

    ==) Internationalisation universitaire et formation des élites administratives dans la Chine contemporaine : la transmission de la culture administrative à travers les MPA (Masters in Public Administration) (Alessia Lo Porto-Lefébure - 2007…)

    Alessia Lo Porto-Lefébure, directrice du Centre Asie-Pacifique de Sciences Po (Direction des Affaires internationales et des Echanges de Sciences Po), a commencé sa thèse sous la direction de Christine Musselin, depuis 2007.

    Alessia Lo Porto-Lefébure a centré sa recherche sur les MPA (Masters in Public Administration). En Chine, l’étude de l’administration publique a été réintroduite à l’université dans les années 90. En 2000, sont créés les premiers MPA (dans 24 universités) où sont formés des cadres de l’administration. Le nombre des MPA, en quelques années, a considérablement augmenté (101 MPA en 2009 ; plus de 35 000 cadres ont été formés dans les MPA entre 2001 et 2006).
    Pour quelles raisons avoir créé ces MPA dans les universités (en dehors de l’Ecole centrale du Parti) ? L’insertion de ces MPA dans les universités, lieux ouverts aux influences étrangères (notamment au modèle nord-américain), est-elle un facteur de changement de la culture administrative en Chine ?
    Le terrain d’étude d’Alessia Lo Porto-Lefébure porte sur trois MPA, rattachés à trois universités d’excellence.



    Pour en savoir plus, la BIBLIOGRAPHIE liée au Programme « Enseignement supérieur et recherche »


    Réalisation : Marie-Annick Mazoyer (CSO) – Décembre 2008