Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Atelier de réflexion prospective "Sciences et Sociétés" de l’ANR : "Risques, situations de crise, droit, éthique", Sciences Po, 24 et 25 juin 2008.

AU JOUR LE JOUR // FROM DAY TO DAY
Édité le 18 Juin 2008

Cet atelier n° 6 de réflexion prospective "Sciences et Sociétés" de l’ANR -"Risques, situations de crise, droit, éthique" – s'est tenu les 24 et 25 juin 2008, à Sciences Po, 13 rue de l’Université (Amphithéâtre Erignac) - 75007 Paris -

Comité d’organisation / Organizing committee:

BARBIER Marc, INRA SADAPT, IFRIS, Paris
Marc Barbier
BORRAZ Olivier, CNRS Sciences Po, CSO, Paris
Olivier Borraz
BOUDIA Soraya, Université Louis Pasteur, Strasbourg, IRIST :
Soraya Boudia


Présentation

La prégnance du risque dans les cadres, dans les enjeux ou dans l’énonciation de nombreux problèmes sociaux semble être une caractéristique forte des sociétés industrielles. Elle renvoie notamment à la façon dont les institutions publiques et les entreprises privées organisent et gèrent leurs activités et à la manière dont les sociétés industrielles envisagent leur rapport au futur à un moment de déclin des capacités de l’Etat moderne à contrôler ce futur. Dans ce mouvement que l’on pourrait qualifier de normalisation du risque, les sciences et les technologies occupent une place importante, mais ambivalente, comme le souligne Ulrich Beck : elles sont à la source de l’existence de ces risques mais elles sont aussi pourvoyeuses de savoirs et d’instruments pour corriger, appréhender et gérer ces risques.

Aussi depuis une trentaine d’années, le risque est une catégorie très présente dans les sciences humaines et sociales, tant en Europe, en Amérique du Nord ou en Australie, avec l’existence de revues académiques ou de travaux collectifs qui sont dédiés à la recherche sur les risques en vue de leur rationalisation, et en parallèle l’existence de recherches compréhensives ou critiques sur les rapports entre risques et sociétés. Du fait de cette prégnance particulière dans nos sociétés, l’investissement des sciences humaines et sociales sur le risque implique assez systématiquement une prise en compte des activités scientifiques et techniques, et cela suivant des postures et des visées qui sont loin de faire système.

Dans le cadre de cet Atelier de Recherche Prospective, il apparaît ainsi nécessaire de produire un effort collectif synthétique et prospectif pour mieux identifier ce que pourraient être des thématiques et des points d’approfondissement sur la thématique du risque en prenant en compte tout un ensemble de travaux déjà existants.

L’atelier s'est ouvert sur une présentation des principaux programmes de recherche entrepris en France et en Grande-Bretagne depuis une dizaine d’années. L’objectif étant d’évaluer leurs résultats mais aussi d’identifier des dimensions oubliées, des questions laissées en suspens ou des biais dans les approches conduisant à négliger certaines questions.

Puis, pour organiser les travaux de l’atelier et la conduite des débats de cet atelier, un premier examen nous a conduits à recentrer les questions de recherche autour de trois grands axes. A ce stade, ces axes ont plutôt vocation à organiser la conduite du débat en prenant le risque d’imprimer une partition fictive dans un vaste domaine d’études sur le risque. Chacune des thématiques a été introduite par 2 ou 3 intervenants qui feront une présentation de 25 minutes environ suivie par un débat d’une heure avec tous les participants. Il est attendu de ces interventions qu’elles apportent un regard neuf sur l’état des recherches, identifient des questions peu étudiées ou pointent des trous de connaissances.

L’atelier vise un nombre limité de contributions et participants (environ 30 à 40 personnes) et les langues de travail sont le français et l’anglais. L’atelier contribue à la rédaction d’un texte court pour définir les grands axes thématiques d’un programme de recherche de l’ANR en 2009.

1. Domaines, territoires et échelles du risque

La question du risque peut être saisie dans des temporalités, à des échelles et sur des terrains très variables. Ce sont ces modalités et les questions scientifiques qu’elles amènent à poser pour aborder la variété des mises en risques qui constituent une première entrée.

Les problèmes des risques sont largement débattus publiquement et chargés d’enjeux multiples, tout particulièrement quand ils touchent à la santé et à l’environnement. Les questions qui les sous-tendent ont souvent une longue histoire qui contribue largement à façonner leur mode d’existence contemporain dans les espaces du travail, de l’expertise, de la décision, de la conduite des affaires et dans l’espace public. Le travail que les hommes réalisent de façon plus ou moins organisée ou instituée sur ces risques et à leur propos se déploie dans des espaces très différents, du plus centralisé au plus distribué en termes de relations, du plus local au plus global en termes d’effets. La constitution des collectifs pertinents de la mise en risque s’accompagne de phénomènes de territorialisation à chaque fois contingent, qu’il s’agisse de risques localisés ou de risques globaux qui s’affranchissent des périmètres étatiques (accident nucléaire, pollutions transfrontalières, changement climatique). Les cadres transnationaux – échelle européenne ou internationale – sont ainsi devenus déterminants dans les activités de production de normes ou d’élaboration de politiques sanitaires et environnementales. La territorialisation de la mise en risque devient un questionnement sur la souveraineté des états et sur la généralité des normes.

2. Gouverner par le risque

Une deuxième entrée en matière consiste à faire l’hypothèse que l’on assiste à un mouvement historique qui a vu s’installer le risque comme une catégorie d’analyse et d’intervention pour une très large gamme d’activités humaines.

Cela conduit à saisir dans différents cas de figures, qui sont autant de variations, comment la catégorie a émergé, dans quel contexte socio-historique, et suivant quelles modalités, mises en tension des institutions et dynamiques socio-politiques. Un tel travail suppose de procéder à l’examen des modalités par lesquelles la notion de risque et les modes de gestion qu’elle sous-tend se sont imposés dans divers lieux institutionnels. L’objectif est de contribuer à une analyse de tout un ensemble de débats, de concepts et de dynamiques scientifiques, institutionnelles et politiques qui contribuent à la mise en place d’un gouvernement par le risque qui concrétise son action à distance dans l’instrumentation d’une large gamme d’activités techno-scientifiques. Il s’agit ainsi de caractériser cette gouvernance et de la contextualiser dans un mouvement de réforme avancée des Etats Providence. Pour cela, il semble intéressant de revenir sur l’hypothèse d’une "mise en risque" généralisée en tentant d’étudier son articulation avec les politiques étatiques de protection de long terme et son usage dans la normalisation et le gouvernement des conduites. C’est un travail d’autant plus nécessaire que l’on assiste à la montée d’un paradoxe important au sein de l’Etat sensé être devenu seulement régulateur, car comment concilier la politisation d’une exigence de sécurité ou de sécurisation des formes de vies, et l’existence d’une individualisation des pratiques dites à risque et l’affirmation d’un droit fondamental à la prise de risque qui caractérise les sociétés modernes ?

3. Risques et savoirs

Une troisième entrée consiste à se situer au niveau des savoirs, de leur production, de leur circulation et de leurs usages dans la mise en risque.

Les savoirs et leurs producteurs jouent un rôle déterminant dans l’identification, la qualification et la connaissance des risques. Si les risques sont théoriques, réels, perçus, etc., leur réalisation suppose toujours une construction qui implique elle-même certaines formes de savoirs. Il nous paraît donc important de cerner ce rôle des savoirs dans le travail de définition de ce qui fait risque et dans la mise en visibilité (ou invisibilité) de certains phénomènes. A ce titre, un certain nombre d’études sont importantes à conduire : étude des formes de savoirs produits et mobilisés à chaque mise en risque, étude des cadres cognitifs dans la production sociale et matérielle des savoirs, étude du développement de formes instituées de savoirs scientifique lié à l’action publiques, à la gestion industrielle, ou à des cultures disciplinaires et épistémologiques (statistique, toxicologie, épidémiologie, cyndiniques, forensics, écologie). Ce travail qui ne peut qu’être collectif, devant l’ampleur de la tâche, doit conduire à mieux comprendre et analyser le rôle des mobilisations dans la définition de nouveaux problèmes candidats à la mise en risque et dans les engagements et les transformations des champs de savoirs que cela conduits à mettre en place. Les risques émergents sont ainsi de bons opérateurs pour questionner, non seulement le statut des savoirs dans la décision, mais aussi la politique des engagements dans le travail collectif que suppose toute mise en risque.


PROGRAMME

JOURNEE DU 24 JUIN

9h30 – Accueil des participants

9h45 – Objectifs de l’atelier / Workshop objectives
Marc Barbier (INRA Paris), Olivier Borraz (CNRS Paris), Soraya Boudia (Université Louis Pasteur, Strasbourg)


10h00 – Bilans de programmes de recherche / Presentation of research programs on risk

Claude Gilbert (CNRS Grenoble) – Risques collectifs et situations de crise en France / Public risks and crises : the French approach

Jens Zinn (University of Kent) – Thématiques, problèmes et perspective de la recherché interdisciplinaire sur les risques. L’expérience britannique et les perspectives internationales / Topics, problems and perspectives of interdisciplinary risk research. UK experiences and international perspectives

Ragnar Lofstedt (Kings College London) – Recherches sur les risques en Europe / Risk research across Europe

11h00 – Discussion

12h00 – Déjeuner / Lunch


13h30 – Risques et savoirs / Risk and knowledge

Jean-Paul Gaudillière (Inserm Villejuif)– Risques, production de savoirs et expertise dans le champ de la santé / Risk, the production of knowledge and expertise in the health sector

Adam Burgess (University of Kent) – Contradictions de la nouvelle approche britannique de management des risques collectifs / Contradictions of the New British Approach to Managing "Public Risk'

Christopher Sellers (Stony Brook University New York) – Risques industriels, environnement et histoire / Industrial Hazards, Environment, and History

15h30 – Pause


15h45 – Domaines, territoires et échelles du risque / Fields, places and scales of risk

Geneviève Massard-Guilbaud (EHESS Paris) – Crises environnementales / Environmental crises

Valérie November (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) – Risques et territoires / Risk and place

Nathalie Jas (Université Paris Sud) – Alimentation et agriculture / Food and agriculture

17h00 – Faits marquants de la journée / A return on some key moments of the day



JOURNEE DU 25 JUIN


9h30 – Gouverner par les risques / Governing by risk

David Demortain (London School of Economics and Political Science) – Régulations transnationales / Transnational Regulations

Christophe Bonah (Université Louis Pasteur Strasbourg) – Ethique et médecine / Ethics and Medicine

Patrick Peretti-Wattel (Inserm Marseille) – Les pratiques à risque / Risk behaviours

11h00 – Pause

11H15 – Gouvernementalité, risque et modernité : une mise en perspective / Governmentality, risk and modernity : a reconsideration

Mitchell Dean (Macquarie University Sydney) – La gouvernementalité de la vie et de la mort / The governmentality of life and death

12h00 – Discussion

12H30 – Déjeuner / Lunch


13h30 – Discussion générale / General discussion

Discussion sur les perspectives de recherche / Discussion on future research perspectives
· Ce qui est retenu des discussions comme questions pertinentes nouvelles, comme points à approfondir, comme domaine saturé / New questions to be addressed in future programs, topics to be further studied, issues largely covered already
· Traiter la question des bornages thématiques et disciplinaires : maintien et approfondissement ; éclatement et recomposition ? Structuration européenne de la recherche sur les risques ? / Thematic and disciplinary boundaries ; a European research field on risks ?
· La responsabilité des chercheurs sur les risques : quels engagements ? quelle responsabilité ? Quelle réflexivité organisée par rapport aux domaines étudiés ? / The responsability of researchers working on risks : forms of engagement, accountability, reflexivity

Suites données à l'atelier / Follow up of the workshop

15h30 – Fin de l’atelier / End of workshop