Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Rapport : le monde des pratiques chorales vu par Guillaume Lurton doctorant au CSO.

ENTRETIENS // INTERVIEWS
Édité le 22 Janvier 2008

Guillaume Lurton, qui prépare actuellement une thèse au CSO, mêle avec bonheur sa passion pour la musique et l’analyse sociologique du monde musical.
Diplômé de Sciences Po (option gestion des entreprises culturelles), il a effectué par la suite un mémoire de master portant sur la professionnalisation des musiciens classiques, tout en travaillant pour le jeune orchestre Atlantique sur des projets européens. Il continue aujourd’hui à approfondir sa connaissance du monde de la musique grâce à sa thèse qui porte sur le renouveau du chant choral.

Au travers de cette recherche, il souhaite apporter un éclairage sur les transformations des pratiques chorales en France au cours des 50 dernières années et proposer une analyse sociologique précise des pratiques chorales actuelles.

C'est dans le cadre de cette seconde perspective que Guillaume Lurton a rédigé le rapport "Le monde des pratiques chorales : esquisse d'une topographie" (1)
Entretien avec l’auteur.


===) Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la genèse de ce projet et sur la méthodologie utilisée pour réaliser cette étude ?

J'ai commencé ma thèse sur la sociologie du chant choral à la fin de l'année 2005. Comme mon projet de thèse a été défini en collaboration avec l'IFAC (Institut Français d'Art Choral), qui fait partie du comité de pilotage de cette étude, j'ai assez rapidement été associé à ce projet. Il m’a été demandé de réaliser une lecture sociologique des données collectées par les Missions Voix (2), structures régionales dont le rôle est d'encadrer les pratiques vocales. À la fin des années 1990, elles se sont vu confier, une mission d'observation du milieu du chant amateur et en particulier du monde choral. Sur la base d'un travail en réseau, elles ont élaboré un dispositif d'enquête qui leur permet non seulement de répondre à cette demande sur une base régionale, mais également de se donner les moyens de synthétiser les données collectées afin de les interpréter à une échelle nationale. Elles ont donc construit des questionnaires communs qu'elles ont diffusés auprès des chœurs et des chefs de chœur recensés dans chaque région.

Entre 1999 et 2004, les Missions Voix impliquées dans ce projet ont chacune procédé selon leur calendrier à la réalisation de leur enquête, ce qui a leur a permis en 2005 de procéder à la fusion de quinze bases de données régionales. Un comité de pilotage rassemblant des représentants des Missions Voix, du ministère de la Culture (DMDTS) et de l'IFAC a alors été constitué afin de procéder à l'exploitation de cette base de données.


===) Le domaine des pratiques chorales est très vaste, vous intéressez-vous à un type de répertoire particulier ?

Non, c'est précisément l'intérêt du monde choral que d'être à la fois très vaste, extrêmement varié, et en même temps réellement unifié. C'est d'ailleurs un résultat essentiel de cette enquête. Si l'on observe comment les chœurs interrogés décrivent leur répertoire à partir de caractéristiques relativement fines (musique baroque, opéra, répertoire folklorique, gospel,...), on se rend assez vite compte que les grandes catégories de répertoire dit "savant" et de répertoire dit "populaire" sont pertinentes pour décrire la façon dont sont organisées les pratiques des chœurs. Concrètement, et ce n'est pas un résultat très surprenant, un chœur a d'autant de plus de chances de faire de la musique baroque qu'il fait par ailleurs de la musique renaissance, ou un qu’il a un répertoire romantique. Sur l'autre versant de la musique chorale, on observe la même chose avec, par exemple, la chanson, le gospel, et les musiques folkloriques.

Mais il existe également une proportion importante de chœurs (quasiment un tiers) qui déclarent aborder simultanément des oeuvres relevant de la musique "savante", et d'autres qui relèvent de la musique dite "populaire". Ces résultats sont plus inattendus.

Le milieu choral n'est donc pas réellement clivé, mais plutôt organisé autour de deux pôles entre lesquels existe une solution de continuité. C'est une situation assez rare au sein des mondes musicaux. De fait, au lieu de me concentrer sur un type de répertoire particulier, il me semble plus intéressant de tenter d'embrasser l'ensemble de la musique chorale, et de voir comment les lignes de partage habituelles des mondes musicaux sont à la fois présentes et recomposées au sein du monde du chant choral.


===) En quoi ce rapport est-il utile à votre thèse ?

Ce rapport a été une étape importante de mon travail de recherche. J'ai eu accès à ces données quantitatives dès les premiers mois de ma thèse. Ceci m'a permis de prendre assez vite la mesure de ce monde à une échelle que ne me permettrait pas de traiter les seules méthodes qualitatives, entretiens et observations ethnographiques, que je mobilise par ailleurs. La rédaction de ce rapport a donc été l'occasion d'acquérir une vision organisée du milieu que j'étudie et de faire surgir une série de pistes de travail, et d'hypothèses à tester dans le courant de ma thèse. Du point de vue de ma thèse, l'intérêt de ce rapport tient donc autant aux questions auxquelles il répond, qu’à celles qu'il soulève.


===) Allez-vous poursuivre votre collaboration avec les Missions Voix ?

A l'issue de la phase d'exploitation des données, les Missions voix m'ont demandé un retour sur leur méthodologie d'enquête. J'ai donc été conduit à formuler un certain nombre de remarques et propositions qui visaient à la fois à baliser les écueils méthodologiques rencontrés et à redéfinir la finalité des études qu'elles mènent. Plus précisément, l'enquête qui a été menée est très généraliste. Ceci est extrêmement intéressant en l'absence de données préexistantes, puisque cela a permis d'obtenir une vision large et malgré tout assez solide de ce que sont les pratiques chorales. Maintenant, ces données posent beaucoup de questions auxquelles on ne peut pas répondre en restant sur le même schéma d'enquête. Il a donc été décidé d'engager un processus d'études ciblées sur des problématiques précises. Par exemple, nous nous sommes posés des questions sur l'origine sociale des chanteurs, ou encore sur la façon dont des réseaux d'institutions (chœurs associatifs, fédérations chorales, écoles de musique, services culturels d'administrations publiques...) structurent le milieu choral à l'échelle locale.

Nous n'avons bien entendu, pas pu retenir toutes ces pistes de travail. À l'issue de cette phase d'échange, nous nous sommes mis d'accord pour mener en collaboration une nouvelle enquête en retenant la problématique de l'économie du monde choral amateur. Il s'agit d'étudier la façon dont les chœurs amateurs rassemblent les moyens nécessaires à leur fonctionnement, en tenant compte aussi bien des ressources financières (cotisations, subventions,...), que des moyens non monétaires (aide en nature, bénévolat, organisation informelle...) qui jouent un rôle important pour beaucoup de chœurs amateurs. Cette enquête est en cours de réalisation : les réponses sont actuellement collectées en ligne, par le biais d'un site internet que nous avons développé à cette occasion.


===) D’ici combien de temps pensez-vous terminer votre thèse ?

Je suis actuellement dans ma troisième année de doctorat, qui sera théoriquement ma dernière année de terrain. Je pense pouvoir commencer à rédiger ma thèse à l'automne 2008 et espère pouvoir la soutenir d'ici fin 2009.

Propos recueillis par Patricia Zuntow

===) Téléchargez le rapport sur le site du ministère de la Culture et de la Communication (pdf)



===) (1) Ce rapport est le fruit de l'exploitation de données collectées par les Missions Voix en région dans le cadre d'un état des lieux national du chant choral. Il est né d'une collaboration avec le ministère de la Culture et de la Communication (direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles), l'Institut français d'art choral (IFAC) et les Missions Voix. Ses résultats sont publiés par le ministère et disponible sur son site.

===) (2) Les Missions Voix
"Leur mission est de promouvoir, en région, la place de la voix au sein des politiques culturelles, d'éducation et d'aménagement du territoire.

Autonomes juridiquement ou intégrés dans une association régionale de développement musical et chorégraphique, leur dénomination est variée (Centre d'art polyphonique, Centre de pratiques vocales, Atelier choral régional, Mission régionale de développement des pratiques vocales, Institut de chant choral...) et leurs domaines de compétence s'élargit aujourd'hui à toutes les formes de pratiques vocales.
Ils sont réunis dans un réseau sous une même appellation -Mission Voix- qui est l'interlocuteur des pouvoirs publics au plan national et mutualise un certain nombre de chantiers communs (état des lieux des pratiques vocales, formation de formateurs, documentation chorale...)" (Définition
Mission Voix Lorraine)














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