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Damien Krichewsky - Vous avez dit : « Développement durable » ?

A L'INTERNATIONAL // INTERNATIONAL ACTIVITIES
Édité le 2 Avril 2007

Damien Krichewsky – Vous avez dit : « Développement durable » ?

A partir du dimanche 1er avril commence dans toute la France la cinquième édition de la Semaine du Développement durable. Courant avril, Damien Krichewsky, doctorant au CSO, part en Inde pour deux ans et y mènera des activités liées au développement durable à plusieurs titres. Il s’en explique dans cet entretien.

Vous travaillez actuellement sur une thèse en sociologie où l’Inde est au cœur du sujet. Vous avez également fondé une association de commerce équitable travaillant avec des artisans indiens. D’où vient cette relation particulière avec l’Inde ?


Au fond, tout à commencé avec un stage que j’ai effectué comme étudiant à Sciences Po en 2004, à FEED Trust (Food & Education for Emancipation and Development) dans le cadre de ma quatrième année d’études à Sciences Po. C’est une ONG indienne qui mène des programmes de développement communautaire dans un village Dalit, c’est-à-dire dont les habitants sont intouchables, près de Pondichéry. Je dis "intouchables" parce que c’est le terme le plus connu. Mais il vaut mieux parler de Dalits, ce qui veut dire les « écrasés », car le terme d’intouchable contribue à figer la situation, comme s’il était dans leur nature d’être relégués au ban de la société. Bref, cela a été une expérience très forte, et à mon retour à Paris, j’ai voulu continuer mon action en fondant, avec quatre autres étudiants de Sciences Po, l’association Saraswathi Faire Trade.

Que signifie Saraswathi ?

Saraswathi est la déesse indienne de la connaissance, de l’éducation et des arts. Nous l’avons choisie car les artisans avec lesquels nous travaillons sont aussi des artistes inspirés par les riches traditions artistiques et culturelles de l’Inde. En plus, FEED Trust concentre une grande partie de son action sur l’éducation et la formation. Comme un des objectifs de Saraswathi Fair Trade est de soutenir les activités de FEED Trust, cela nous correspondait bien. Il y a également un travail de formation des artisans aux attentes des consommateurs occidentaux.

Quels sont les objectifs de votre association ?

En fait, l’association a pour objectif de promouvoir le commerce équitable auprès des consommateurs français ainsi que de permettre des partenariats commerciaux durables entre les artisans indiens associés au FEED Trust et des boutiques parisiennes. Cela consiste à sélectionner des produits de ces artisans, à leur permettre de retravailler ces produits et de les adapter aux attentes des consommateurs occidentaux, à proposer une gamme attractive de produits aux boutiques parisiennes, puis à gérer toute la filière, du contrôle des produits sur place à leur importation et à leur livraison auprès des boutiques.

Au départ, nous avons cherché des financements pour lancer le projet, tout en collaborant avec un designer spécialisé, afin d’améliorer ces produits, c’est-à-dire de développer un style qui garde les traditions tout en les rendant plus contemporains. Après avoir réalisé une étude de marché, nous avons importé des échantillons et réalisé un catalogue. Maintenant, nous nous préparons à démarcher des boutiques à Paris ainsi qu’à organiser des ventes privées. Nous travaillons également avec un professionnel pour monter un site Internet, qui est sur le point d’être finalisé, et mettre notre catalogue en ligne.

Et ce départ en Inde ne va pas trop perturber ce projet de commerce équitable ?

Au contraire, c’est une opportunité. Bien sûr, je pars en Inde avant tout pour réaliser des études de terrain dans le cadre de ma thèse. Mais pendant que l’équipe de Saraswathi Fair Trade continuera à faire avancer le projet ici, en France, je vais profiter du séjour en Inde pour travailler avec les artisans du projet sur leurs produits, et bien sûr, rencontrer d’autres artisans indiens pour donner de l’ampleur au projet.

Quel est le lien entre votre thèse et l’association Saraswathi Fair Trade ?

A mon sens, c’est clairement le développement durable. Dans le cadre de ma thèse, j’étudie la façon dont les entreprises mondialisées intègrent les questions sociales et environnementales dans leur stratégie et le développement de leurs activités en Inde. L’idée sous-jacente, c’est qu’on ne peut pas considérer le business comme une sphère à part, autonome. Au contraire, toute activité économique est comme encastrée dans un contexte social et environnemental, et il s’agit de voir comment intégrer ces trois dimensions. Avec le commerce équitable, on retrouve cette idée fondamentale du développement durable : chercher à faire de l’activité économique un outil de développement au service de la société et de son environnement naturel plutôt qu’un moyen de maximiser les profits quels qu’en soient les coûts sociaux et environnementaux.

Propos recueillis par Martha Zuber

A voir également sur notre site le dossier "Le CSO et le Développement durable"





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