Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Entretien avec Guilhem Anzalone

ANNEXE DE DOSSIER
Édité le 22 Décembre 2006


Guilhem Anzalone est arrivé au CSO en septembre dernier. Il commence une thèse fondée sur une étude du cas de la viande et de son mode de production dans le fonctionnement des marchés qui est dirigée par Denis Segrestin et Sophie Dubuisson-Quellier. Il a obtenu pour financer sa thèse une BDI du CNRS (Bourse de doctorat pour ingénieur).
Cette recherche vise à analyser le fonctionnement marchand et ses relations avec le domaine politique (sous ses formes plus ou moins institutionnalisées). Son mémoire de DEA portait déjà sur une thématique proche, puisque Guilhem Anzalone avait travaillé sur la mise sur le marché de la viande dans la grande distribution.
Avant ce cursus à l’EHESS, il avait suivi également obtenu une bi-maîtrise de sociologie / économie (université Paris X-Nanterre).

- Lire le résumé de sa thèse


====) Au CSO depuis septembre 2006, vous commencez une thèse qui porte sur la prise en compte des caractéristiques de la viande dans les marchés, et notamment des caractéristiques investies de valeurs citoyennes ou liées au développement durable. Qu’entendez-vous par "caractéristiques investies de valeurs citoyennes" ? Pourriez-vous expliciter votre sujet et nous en donner brièvement les grandes lignes ?

Prenons des exemples : la caractéristique "biologique" est dans certains cas interprétée comme la préférence d’un mode de production traditionnel et respectueux de la nature par rapport à un mode de production industriel et productiviste ; et cette représentation fait apparaître autour de la viande des relations qui unissent dans un même collectif des acteurs comme des producteurs, des consommateurs, l’environnement, les animaux et leur bien-être, etc. De manière semblable, la notion de développement durable fait référence à un ensemble de valeurs liées aux dimensions économiques, sociales et environnementales de l’activité humaine, et intègre cette activité dans un collectif auquel appartiennent également la nature et les générations futures. Je pars donc de l’idée que la définition des caractéristiques d’un produit est le résultat d’un travail de mise en forme qui a une portée collective et même politique puisqu’il configure les relations entre différents acteurs autour d’enjeux (tels que les rapports entre les acteurs de la filière, le traitement de la nature, d’un patrimoine ou d’un territoire, etc.). Dans cette perspective, il importe d’étudier l’élaboration des caractéristiques de la viande et de son mode de production, et la manière dont ces caractéristiques sont représentées et prises en compte dans le cadre de l’activité économique.


====) Pensez-vous qu’une telle recherche peut participer à une meilleure prise en compte de ces critères "moraux" par les acteurs de la filière ? Est-ce son but ?

De manière générale, les acteurs de la filière n’ignorent pas que leurs activités ont des conséquences sur le reste de la société ; ils affichent plus ou moins cette dimension et la reprennent diversement à leur compte. Cela peut correspondre à la fois à un souci de responsabilité et à une stratégie économique. Le but de la recherche n’est pas de valoriser les uns et de dénoncer les autres, mais plutôt de les prendre au mot pour évaluer l’efficacité pratique de leurs discours et de leurs modes d’action. Il s’agit aussi de souligner que l’activité économique comporte des enjeux qu’il convient d’identifier et de traiter collectivement et en connaissance de cause.

====) Pourquoi vous paraît-il essentiel en 2006 de consacrer une telle recherche au marché de la viande ? Votre choix est-il notamment motivé par le scandale des années passées et en particulier celui de l’encéphalopathie spongiforme bovine ?

Ce choix n’est pas lié aux récentes crises sanitaires, qui ne font pas partie du champ de ma recherche sinon par les répercussions qu’elles ont eues sur l’organisation des filières et des marchés. En revanche, et c’est en cela qu’elles participent de l’actualité du sujet, ces crises ont rendu plus visibles les relations d’interdépendance entre différents acteurs. Je me suis intéressé au marché de la viande car, comme dans la plupart des marchés agroalimentaires, des enjeux liés à la santé, à l’environnement et au territoire y apparaissent de manière saillante. Il présente également la particularité de concerner un produit d’origine animale, élaboré à partir d’une "matière première" vivante et hétérogène, et ces spécificités rendent son étude d’autant plus intéressante.

====) Quel sera votre terrain d’enquête ?

Cette recherche s’appuiera volontairement sur des terrains variés, avec notamment la grande distribution dans son activité standard et dans sa politique de développement durable, des filières de production labellisées, et des circuits courts comme par exemple de la vente directe entre producteurs et consommateurs.








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