Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Michel Anteby a soutenu sa thèse "Travail, Sens et Identité. Une Etude d'interactions semi-clandestines en usine.

DU COTÉ DES DOCTORANTS // PHD STUDENTS' CORNER
Édité le 19 Avril 2005

Travail, Sens et Identité. Une étude d'interactions semi-clandestines en usine
Michel Anteby (NYU/EHESS)
Michel Anteby a été accueilli au CSO pour réaliser des travaux de recherche dans le cadre de sa thèse.

Composition du jury : Erhard Friedberg (CSO, CNRS-FNSP), Joe Porac (NYU), Bill Starbuck (NYU), Irène Théry (EHESS), Florence Weber (ENS/EHESS) et Amy Wrzesniewski (NYU).

A METTRE A JOUR
La soutenance publique aura lieu le lundi 25 avril 2005 à 9h30 dans les locaux de la New York University, 44 West 4th Street, Salle 7-50, New York, NY 10012 USA.

Sous réserve de succès à cette soutenance, Michel Anteby prendra un poste de Assistant Professor à partir du 1er juillet 2005 à Harvard Business School.

Résumé
Notre connaissance des effets d’interactions sociales s’est largement développée dans les dernières années, notamment grâce au développement de la sociologie des réseaux sociaux. Le sens de ces interactions est, en revanche, passé plus inaperçu. Cette thèse repose sur une enquête postale (N=184), des entretiens (N=70), des archives et des observations sur des interactions – les briques élémentaires des liens sociaux qui sont ensuite intégrés pour former des réseaux sociaux – donnant lieu à la production et aux échanges d’objets semi-clandestins en usine pour comprendre le sens des interactions sociales, et par extension des liens et des réseaux sociaux. L’étude s’est déroulée dans une usine aéronautique française (Pierreville). Ces objets semi-clandestins en usine sont connus sous le nom de perruques et sont fabriqués sur le temps de travail, avec le matériel et les outils de l’employeur pour un usage personnel. Ils ne font pas partie de la production officielle de l’usine.

Une analyse, premièrement, des perruques de retraite offertes à l’occasion du départ d’un collègue, dévoile une porte d’entrée dans la communauté des « perruqueurs ». Cette analyse suggère des différences professionnelles dans la réception de tels cadeaux. Plus spécifiquement, les compagnons, un sous-groupe de membres de Pierreville qui possèdent une formation technique (un certificat d’études professionnelles de soudeur, d’ajusteur ou, par exemple, de chaudronnier) et exercent leur métier, sont plus enclins à recevoir ces perruques de retraite. Par ailleurs, ces compagnons ont un statut élevé dans l’usine et symbolisent l’indépendance et le travail manuel, deux valeurs importantes à Pierreville.

Alors que les interactions autour de perruques peuvent être perçues comme du vol, les membres de l’usine distinguent clairement les interactions autour de perruques des interactions de vol. Ceci permet aux compagnons de s’appuyer sur les interactions autour des perruques pour témoigner, entre eux, le respect et la reconnaissance. Toutefois, des interactions autour de perruques en apparence similaire et produisant les mêmes effets ont aussi des sens très différents : « un job ou un travail ordinaire », « une collégialité » et « un échange. » Ces distinctions de sens découlent du statut des participants dans ces interactions et des statuts des destinataires des perruques. Le statut conditionne le sens, la moralité et la légitimité des interactions sociales donnant lieu à perruque.

Dans un contexte d’instabilité identitaire des compagnons, ces distinctions de sens prennent de l’ampleur. Confrontés à des changements dans le processus industriel et à des évolutions dans la composition de la main d’œuvre, les compagnons dont la population décline sont en quête d’utilité et de sens dans leur travail. Certaines interactions sociales autour de perruques, notamment celles qui expriment le respect et la reconnaissance, permettent aux compagnons de maintenir leur identité professionnelle. De fait, il est nécessaire de s’appuyer sur des théories d’identité sociale et de d’identité relationnelle pour comprendre les dynamiques des interactions autour de perruques, et de manière plus générale, les interactions sociales, les liens sociaux et les réseaux sociaux.

Ce travail montre qu’un type d’interaction sociale (interactions autour de perruques) donne lieu a une multiplicité de sens, bien que le résultat de ces interactions soit identique (une même perruque). Par ailleurs, distinguer le sens des apparences permet de reconnaître le jeu entre les interactions sociales et les identités des participants. Ces résultats nous amènent à nous interroger sur le postulat d’uniformité des interactions dans la sociologie de réseau. Ils documentent aussi les façons dont la moralité et la dignité du travail se construisent au sein d’une communauté professionnelle, en particulier, quand cette communauté est en train de s’éteindre.











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Michel ANTEBY