Sciences Po CSO/CNRS CNRS

Motion de l’assemblée générale du CSO au sujet du Projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche

AU JOUR LE JOUR // FROM DAY TO DAY
Édité le 17 Février 2020


Les membres du Centre de Sociologie des Organisations (CNRS, Sciences Po) – chercheur.ses, enseignant.es-chercheur.ses, personnels de soutien à la recherche, doctorant.es et postdoctorant.es – réunis en assemblée générale le vendredi 7 février 2020, affirment leur soutien aux mobilisations en cours et s’inquiètent des possibles répercussions des rapports préparatoires de la LPPR et des déclarations récentes de la ministre Frédérique Vidal. L’engagement pris par cette dernière de financer la recherche à hauteur de 3% du PIB doit être salué, s’il est effectivement destiné au service public de l’enseignement supérieur et de la recherche et non au secteur privé via des crédits d’impôt. Seul un financement public conséquent peut faire progresser les connaissances sur les grands défis contemporains.

Les membres du CSO regrettent que la réflexion sur la recherche ait été déconnectée de celle sur l’avenir du système d’enseignement supérieur. Au cours de la dernière décennie, la diminution de la dépense publique par étudiant.e a encore accentué le sous-financement chronique des universités. De plus en plus d’enseignant.es chercheur.ses ne disposent plus du temps nécessaire à leurs activités de recherche, alors qu’elles sont indispensables à la formation des étudiant.es. La programmation pluriannuelle de l’investissement public doit améliorer les conditions d’études et de travail dans les universités.

Les membres du CSO tiennent à réaffirmer les principes qui doivent demeurer au fondement de la recherche scientifique que sont la pérennité, l’autonomie, la pluralité et la collégialité.

La recherche scientifique requiert du temps long et une pérennité de moyens et de statuts. C’est ce temps long qui permet la collecte et la production de données originales, la maturation des idées et la prise de risque. Par conséquent, le financement sur projet ne saurait se substituer à l’engagement de moyens récurrents pour l’emploi scientifique, la formation doctorale et le fonctionnement des laboratoires. Or, les recrutements de maîtres de conférences ont été divisés par deux depuis le début des années 2000 et les recrutements de chargé.es et d’ingénieur.es de recherche ne cessent de diminuer. De plus en plus de jeunes chercheur.es sont en situation précaire : contrats courts, restriction des conditions d’accès à l’assurance-chômage, contrainte à la mobilité géographique, incapacité à développer dans la durée un agenda de recherche cohérent, difficultés à se projeter dans leur vie professionnelle et privée. Les solutions envisagées ne répondent pas au besoin urgent d’emplois et de financements stables, indispensables à la réalisation de recherches et d’enseignements de qualité.

La recherche scientifique doit être autonome, collégiale et plurielle. Un pilotage trop centralisé conduit à suivre les tendances du moment en délaissant des domaines dont pourraient émerger des découvertes fondamentales. L’individualisation toujours accrue des évaluations et des carrières va à l’encontre de la dynamique essentiellement collective du travail académique. Elle occulte le travail d’équipe, pourtant indispensable.

En conséquence, l'assemblée générale souhaite que les recommandations déjà exprimées par la communauté scientifique (sociétés savantes, CPCN-CNRS, CP-CNU, organisations professionnelles et syndicales, directrices et directeurs d’UMR) soient reprises dans la future loi.
Pour répondre aux besoins croissants du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, celle-ci doit comprendre les propositions suivantes :

- Augmentation des recrutements sur des emplois de titulaires
- Augmentation du financement récurrent des laboratoires
- Renforcement et stabilisation des emplois de soutien à la recherche et à l’enseignement et revalorisation des salaires des ITA et BIATSS
- Augmentation du nombre de contrats doctoraux, revalorisation de leur montant et prolongation de leur durée à quatre ans
- Revalorisation des rémunérations des personnels et déblocage des carrières, rendus urgents si la menace d’une diminution généralisée des pensions de retraite se réalisait
- Diversification des types de financement sur projet (durée, montant, “blanc” ou thématique, etc.), augmentation de l’enveloppe et des taux de succès
- Financement pérenne des revues scientifiques et des éditions universitaires, pour permettre la valorisation et l’accès aux résultats de la recherche publique.

Les membres du CSO s’inscrivent dans les mobilisations en cours. Réunis en assemblée générale, ils réaffirment leur attachement aux principes qui doivent guider toute réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche et s’engagent à rester particulièrement vigilant.es face au contenu du projet de loi.


Ce texte a été adopté à une large majorité des membres du CSO.